Lettre aux Chefs du G20

 

 

 

 

 

 

 

A:

  • Abdullah bin Abdul-Aziz, roi d’Arabie saoudite
  • Angela Merkel, chancelière d’Allemagne
  • Barack Obama, président des États-Unis d’Amérique
  • Cristina Fernández de Kirchner, président de l’Argentine
  • David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni
  • Dmitry Medvedev, président de la Russie
  • Felipe Calderón Hinojosa, président du Mexique
  • H. Susilo Bambang Yudhoyono, président de l’Indonésie
  • Herman Van Rompuy, président du Conseil européen
  • Hu Jintao, président de la République populaire de Chine
  • Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud
  • Kevin Rudd, premier ministre de l’Australie
  • Lee Myung-bak, président de la République de Corée
  • Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil
  • Manmohan Singh, premier ministre de l’Inde
  • Naoto Kan, premier ministre du Japon
  • Nicolas Sarkozy, président de France
  • Recep Tayyip Erdoğan, premier ministre de la Turquie
  • Silvio Berlusconi, premier ministre d’Italie

 

23 juin 2010

Mesdames et messieurs les dirigeants des pays du G20,

Nous vous écrivons au nom des membres d’une vaste coalition d’organismes canadiens émanant de plusieurs mouvements sociaux, militant pour les droits de la personne et du travail, l’égalité des femmes, les droits des Autochtones, la protection de l’environnement, le développement international et les communautés religieuses.

Notre coalition, Voices-Voix, s’est formée récemment en raison de l’inquiétude grandissante concernant la possibilité de plus en plus minime au Canada d’exprimer son désaccord ou de débattre de préoccupations importantes. En effet, les coupures de financement, les changements organisationnels et les nominations idéologiques sont utilisés systématiquement pour saper l’intégrité et l’indépendance des institutions publiques et des organisations de la société civile ayant exprimé un avis discordant.

Nous avons émis la déclaration ci-jointe, qui décrit nos préoccupations et sollicite des mesures à prendre pour remédier à l’érosion alarmante des principes démocratiques et de la protection des droits de la personne. Nous vous la transmettons parce que nous croyons qu’il est important que vous soyez conscients de ces préoccupations alors que vous vous préparer à assister au sommet du G20 ce mois-ci à Toronto.

Nous vous écrivons en particulier pour souligner que, alors que le G20 devient de plus en plus une institution globale, puissante et influente, il est crucial que tous les membres du G20, individuellement et collectivement, soient d’accord pour reconnaître, respecter et appuyer le rôle que jouent les organisations de la société civile dans la défense des droits de la personne, de la justice et du développement durable de leur propre pays à travers le monde.

Malheureusement, dans les États du G20 comme ailleurs dans le monde, lorsque des personnes et des organisations de la société civile s’élèvent contre l’injustice, cherchent à redresser les inégalités, ou choisissent de protéger l’environnement, elles subissent trop souvent des répercussions sérieuses. Les conséquences pour les défenseurs sont : d’être tués, battus ou emprisonnés; d’être menacés, diffamés ou exclus du financement public. Lorsque les efforts des organisations de la société civile sont amoindris de la sorte, c’est la société dans son entier qui en souffre.

Dans le passé, nous avons souvent sollicité nos propres gouvernements de déployer des efforts lors des rencontres du G20 afin de faire pression auprès d’autres gouvernements pour accroître le respect du travail des organisations de la société civile. Traditionnellement, le Canada appuie volontiers la société civile et on peut nommer avec fierté plusieurs exemples de collaboration étroite entre le gouvernement et les organisations de la société civile. Malheureusement, ce n’est plus toujours le cas, comme le souligne notre déclaration.

Ainsi, nous sommes dans l’impossibilité de demander en toute confiance à notre gouvernement de faire valoir le leadership de la société civile à l’aube du G20. Nous trouvons cet état de fait regrettable, d’autant plus que le Canada sera l’hôte du prochain sommet. 

Nous transmettons donc au groupe du G20 ces trois demandes simples mais très importantes.

  1. Nous demandons aux pays du G20 de s’engager à reconnaître, respecter et appuyer le rôle et l’indépendance des organisations de la société civile au sein de tous les États membres.
  2. Nous demandons aux pays du G20 de s’assurer que les sommets du G20, les rencontres ministérielles et les autres aspects de leur travail incluent des occasions significatives de participation pour la société civile.
  3. Nous demandons aux pays membres du G20 de soulever les préoccupations mentionnées dans la déclaration de Voices-Voix au sujet de la baisse significative du respect des principes démocratiques et de la défense des droits de la personne au Canada dans les discussions avec le premier ministre Stephen Harper et d’autres représentants officiels canadiens.

Les gens de partout au monde attendent de voir quels principes façonneront le travail du G20 puisqu’il assume des responsabilités globales de plus importantes en matière de leadership. Le G20  gagnera la confiance du monde entier s'il démontre que le respect et le soutien actif de la société civile lui tient à cœur. Les récents échecs du Canada ne peuvent donner le ton. Nous vous demandons de vous assurer que les sommets du G20 de cette année – le prochain au Canada et celui de la Corée du Sud – soient le lieu de paroles et d’actions qui donneront l’exemple.

Nous vous prions d'agréer, Mesdames et Messieurs, l'expression de nos respectueuses salutations,

La Coalition Voices-Voix