Développement et Paix

Développement et Paix

Les faits

En février 2012, Développement et Paix a appris que ses subventions gouvernementales passeraient de 35 millions de dollars à 14,5 millions de dollars au cours des cinq prochaines années et que l’organisation ne pourrait plus travailler qu’avec sept pays au lieu de plus de trente. 


Depuis sa création en 1967, Développement et Paix a distribué 460 millions de dollars à l’étranger, financé 15 000 projets et a contribué à acheminer les dons des Canadiens aux victimes de catastrophes naturelles, de guerres civiles ou d’autres crises humanitaires.

En février 2012, l'organisation apprend par l'Agence canadienne de développement international (ACDI) que son budget gouvernemental sera réduit de deux tiers, passant de 35 à environ 14,5 millions de dollars sur 5 ans. De plus, la liste des pays sur lesquels l'organisation peut se concentrer passe à seulement sept pays sélectionnés par le gouvernement fédéral au lieu des 33 pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et du Moyen-Orient avec lesquels l'organisation avait développé des partenariats.   

Selon Michael Casey, directeur exécutif de l’organisation, cette restriction s’inscrit dans la tendance du gouvernement conservateur canadien à axer ses politiques d’aide humanitaire sur ses stratégies en matière de commerce et d’investissements à l’étranger.

En octobre 2012, les évêques catholiques canadiens ont décidé de bloquer la campagne d’éducation annuelle de Développement et Paix intitulée « Agissons pour la justice » sous prétexte qu'elle était trop partisane et politique et qu'elle pourrait entraver les liens de l'Église avec les conservateurs et mener à des divisions au sein de la communauté catholique. En particulier, la campagne proposait de disposer des affiches dans les églises ou de demander aux paroissiens d'envoyer des cartes postales au Premier Ministre Harper pour lui demander de reconsidérer ses choix en matière d'aide à l'international. Le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, l'archevêque Richard Smith, a demandé à rencontrer les employés de Développement et Paix afin de leur faire comprendre que certains évêques avaient émis des réserves par rapport à leur traditionnelle campagne d'éducation. « Ils n'ont pas désapprouvé le thème... ils ont simplement pensé que certaines actions pourraient être perçues comme partisanes ou politiques et ils nous ont fait part de leurs appréhensions », a dit Mr. Casey.

Suite à cette décision, des jeunes francophones du Québec, du Nouveau-Brunswick et du Manitoba ont annoncé leur intention de boycotter les campagnes de Développement et Paix. De plus, plusieurs membres de l'organisation, déçus du choix des évêques catholiques ont décidé d'abandonner leurs fonctions. La directrice du service de l'éducation, Claire Doran, a annoncé sa démission en novembre 2012. Quant à l'agent de l'information, François Gloutnay, il a dit « qu’on ne peut rien changer au Sud, si on ne change rien au Nord». Selon lui, « le Nord détient bon nombre de clés qui font que les gens au Sud vivent dans la misère ». Il a lui aussi choisi d'abandonner son poste à Développement et Paix, considérant que les principes de promotion de la justice sociale soutenus par l'organisation ne sont plus respectés.

Finalement, la campagne d'éducation qui était prévue pour septembre 2012 a été reportée au mois d'octobre et modifiée pour en exclure les éléments les plus controversés.  

Dates importantes:

  • 1967 : Développement et Paix est créé lors de la Conférence des évêques catholiques du Canada.
  • Février 2012 : Développement et Paix apprend que ses subventions gouvernementales passeraient de 35 millions de dollars à 14,5 millions sur cinq ans. De plus, l'organisation ne pourra développer des partenariats qu'avec sept pays au lieu de plus de trente.
  • Octobre 2012 : Les évêques catholiques du Canada bloquent la campagne d'éducation annuelle de Développement et Paix sous prétexte qu'elle est trop partisane et politique.
  • Novembre 2012 : Des membres de Développement et Paix annoncent leur démission en signe de protestation contre la décision de la Conférence des évêques catholiques du Canada de bloquer la campagne « Agissons pour la justice ». 

Emploi ou fonction

Développement et Paix a été créé en 1967 par la Conférence des évêques catholiques du Canada. Le rôle de l'organisation est de conscientiser les Canadiens sur les problèmes des pays en développement et de soutenir les initiatives de ses partenaires du Sud pour développer des structures économiques, sociales et politiques plus justes.

Le budget de Développement et Paix provient de dons individuels, des collectes de fonds dans les paroisses et des subventions du gouvernement, en particulier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). 

Portée et conséquences

  • Démocratie : Le fait que le gouvernement tente activement de museler les efforts de la société civile pour développer des projets d'aide au développement international est contraire aux principes de base de la gouvernance démocratique. 
  • Liberté d'expression : Le fait que les évêques catholiques aient décidé de bloquer la campagne de Développement et Paix, vraisemblablement dans un souci de préserver les liens de l'Église avec le gouvernement conservateur, est un exemple du bâillon que le gouvernement fédéral est en mesure d'imposer indirectement aux organisations qui ne respectent pas ses priorités politiques. 

 

Date de publication : 12 novembre 2012

Photo de Développement et Paix.