Dr. Mustafa Barghouti

Palestinian legislator Dr. Mustafa Barghouti

Les faits

Dr Mustafa Barghouti a organisé une tournée de conférences au Canada en mars 2010, co-organisée   par Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen Orient (CJPMO). Son visa n’a pas été délivré dans les temps, ce qui l’a contraint à annuler sa tournée, qui a finalement été reprogrammée et a eu lieu deux mois plus tard. CJPMO a accusé le gouvernement canadien d’avoir volontairement délivré le visa de Dr Barghouti trop tard. Le gouvernement s’est justifié en disant qu’il s’agissait d’une question de délais et de dépôt d’une demande complète de visa.


Au début de l’année 2010, Dr Mustafa Barghouti et Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen Orient ont organisé une tournée de conférences au Canada. Barghouti avait l’intention de s’exprimer entre le 20 et le 22 mars à Toronto, Montréal et Ottawa sur les dynamiques et réalités politiques palestiniennes pour la paix au Moyen Orient. Dr Barghouti a fait des tournées de conférences dans le passé en Amérique du Nord, y compris un entretien dans l’émission quotidienne de Jon Stewart en 2009.

Dans le cadre de sa tournée de conférences au Canada en 2010, Dr Barghouti était censé rencontrer les chefs de trois partis canadiens de l’opposition. Le premier ministre Harper n’avait pas envisagé de rencontrer Dr Barghouti, même si celui-ci ne s’était pas montré critique à l’égard de la politique du gouvernement Harper.

Problèmes de visa

Afin de réaliser cette série de conférences, Dr Barghouti a dû faire face à deux obstacles.

D’abord, il a dû aller en Jordanie pour pouvoir se rendre par avion au Canada. Le gouvernement israélien ne permet pas aux palestinien de voyager à partir des aéroports d’Israël. Ce qui pose problème parce que 1) Israël contrôle (et restreint souvent le passage à travers) les frontières entre la Cisjordanie et la Jordanie, et parce que 2) la Jordanie exige que les palestiniens entrant dans son territoire pour des vols en correspondance aient à l’avance le visa requis pour le pays où ils souhaitent se rendre.

Ensuite, Dr Barghouti avait besoin d’un visa pour le Canada. Dans le passé il avait obtenu des visas d’entrée au Canada dans des délais de deux ou trois jours, et il avait même obtenu un visa d’entrée aux Etats Unis en mois de 24 heures après avoir fait sa demande. Mais cette fois-ci, la procédure s’est révélée anormalement difficile.

Dr Barghouti a déposé une demande de visa pour le Canada le 5 mars 2010, pour qu’il puisse quitter la Cisjordanie le 19 mars. Après que le bureau de Dr Barghouti ait avisé CJPMO que le visa n’avait toujours pas été délivré, CJPMO s’est renseigné auprès du ministère canadien des affaires étrangères. Des responsables au ministère des affaires étrangères ont avoué qu’ils étaient au courant de la demande, mais n’ont donné aucune garantie que le visa serait délivré à temps pour le voyage de Dr Barghouti. Suite à cette absence de garanties, CJPMO a demandé à un député de solliciter Lawrence Cannon – alors ministre des affaires étrangères – pour examiner la question. Lawrence Cannon a été tenu au courant de la demande du Dr Barghouti le 17 mars. Cependant, à la veille du départ du Dr Barghouti, son visa n’avait toujours pas été délivré à cause de « de vérification sur Barghouti et sur l’organisation Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen Orient (CJPMO) qui l’a invité ».  

Enfin, après des pressions soutenues, pendant plusieurs jours, de la part de CJPMO et d’élus, le gouvernement Harper a accepté de délivrer un visa à Barghouti « après la fermeture des bureaux » le 20 mars. Mais il était trop tard, Barghouti aurait être avisé de la délivrance de son visa le vendredi à 21h, alors que la frontière entre les territoires palestiniens et la Jordanie aurait été fermée par Israël à ce moment là et pour la fin de semaine.

Le gouvernement Harper « musèle les voix critiques »

CJPMO a été surpris de voir que la demande de visa de Dr Barghouti a nécessité d’interminables « vérifications » bureaucratiquea avant un avis favorable, au regard de ses précédentes visites bien connues au Canada et aux Etats Unis, et de sa position internationale en tant que politicien modéré respecté. « Dr Barghouti a longtemps plaidé pour une transition pacifique vers la solution de deux Etats en Israël-Palestine — son message attirerait l’attention de toute personne ayant des engagements sincères pour la paix au Moyen Orient » a déclaré Thomas Woodley, président de CJPMO.

Constatant que le gouvernement avait délivré le visa de sorte à empêcher la visite de Barghouti, connaissant pleinement la situation pour les besoins d’un visa VIP, le CJPMO a accusé le gouvernement Harper de faire obstacle à la délivrance du visa pour le Dr Barghouti. CJPMO a fait remarquer que ce comportement semblait correspondre « à une stratégie générale visant à museler ou à entraver toute voix critique des politiques du gouvernement israélien ».

Woodley a dit de l’incident qu’il était un exemple supplémentaire de l’antipathie du gouvernement Harper envers la liberté d’expression.

Le gouvernement n’a fait aucun commentaire officiel sur l’affaire, mais a précisé que « l’ambassade du Canada en Israël recommande aux visiteurs de faire des demandes de visas au moins six semaines avant la date de leur voyage ». Un porte-parole du ministère de la citoyenneté et de l’immigration a déclaré que les responsables canadiens font de leur mieux pour traiter les demandes urgentes le plus vite possible, mais que cela est parfois difficile « lorsque l’information est incomplète ou qu’elle arrive à la dernière minute ».  « Un visa peut être délivré seulement lorsque la demande complète est reçue – et je vous donne un indice » a-t-il ajouté.

Franck Dimant, vice-président directeur de B’nai Brith Canada, a déclaré que le lobby juif n’a joué aucun rôle dans le retard de la délivrance du visa pour Dr Barghouti.  Il pense « que s’il y a quelque chose cela serait avec les fonctionnaires, mais ce n’était certainement pas une question dans l’agenda juif ».

Barghouti s’exprime, la controverse persiste

Le 13 avril 2010, CJPMO a annoncé que la tournée de conférences du Dr Barghouti aurait lieu du 6 au 8 mai, en ajoutant un arrêt à Londres. Dr Barghouti n’a eu aucun problème de visa lors de sa seconde tentative pour venir donner des conférences au Canada.

Le gouvernement Harper a été accusé de nombreuses autres tentatives visant à empêcher un débat public ouvert sur Israël et Palestine. Voir, par exemple, les cas de Kairos, Alternatives, la Fédération Canado-Arabe, Droits & Démocratie, ainsi que les cas de QuAIA et du député britannique George Galloway qui a été également empêché de s’exprimer au Canada sur Israël et la Palestine. 

 

Dates importantes:

  • 5 mars 2010 : Dr Barghouti demande un visa pour le Canada, ayant auparavant obtenu plusieurs visas pour entrer au Canada dans des délais de deux à trois jours.
  • 9 mars : CJPMO annonce officiellement les trois villes canadiennes dans lesquelles Dr Barghouti tiendra sa tournée de conférences entre le 20 et le 22 mars.
  • 17 mars : Le ministre Cannon, ancien ministre des affaires étrangères, était au courant de l’urgence pour délivrer un visa pour le Dr Barghouti.
  • 19 mars : Le visa de Dr Barghouti est finalement délivré trop tard pour lui permettre de faire son voyage, puisqu’il lui est impossible de voyager à partir de l’aéroport de Tel Aviv ou de traverser la frontière pour se rendre en Jordanie.
  • 6-8 mai 2010 : La reprogrammation de la tournée de conférence des quatre villes canadiennes a lieu. Dr Barghouti n’a pas de problèmes pour obtenir son visa à temps.

Emploi ou fonction

Dr Mustafa Barghouti est un médecin, politicien et militant pour la démocratie, d’origine palestinienne. Il a créé l’Union du Comité d’Assistance Médicale Palestinien en 1979 et l’Institut d’Information et des Politiques de Santé et de Développement en 1989. En 2005, Barghouti s’est présenté pour le poste de président des territoires palestiniens, il est arrivé deuxième avec 19% des voix. En 2010, il a été nominé pour le prix Nobel de la paix.

Portée et conséquences

  • Liberté d’expression : Le fait d’entraver la tournée de conférences du Dr Barghouti, malgré son titre de nominé au Prix Nobel de la Paix et malgré le fait qu’il se soit déjà exprimé au Canada et dans d’autres pays développés à de nombreuses occasions, soulève plusieurs interrogations sur la volonté du gouvernement Harper d’encourager un dialogue public ouvert sur Israël et la Palestine.
  • Egalité : Le fait d’émettre le visa pour Dr Barghouti alors qu’il serait tout de même empêché de s’exprimer au Canada montre une absence d’égalité dans le traitement réservé aux autres demandeurs de visas, notamment les demandeurs de visa importants dont les dossiers ont été traités personnellement par le ministre fédéral.
  • Démocratie : Dans une démocratie, toute personne est libre d’exprimer ses idées, et pas seulement sur les questions qui font l’objet d’un consensus ou d’une approbation de la part de l’Etat. En réalité, c’est plutôt le discours auquel le gouvernement s’oppose particulièrement ou que le gouvernement évite qui est précieux, du moment qu’il permette aux citoyens de demander des comptes au gouvernement pour ses politiques intérieures et extérieures. La volonté des autres de partager leurs perspectives avec les Canadiens, et le désir des Canadiens d’écouter leurs points de vue, doit alors être respectés, et aucun gouvernement démocratique n’est en droit de s’y ingérer.