Environnement Canada

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Les faits

Depuis 2007, le gouvernement Harper a mis en œuvre une nouvelle politique des relations publiques qui empêche les scientifiques d’Environnement Canada de s’exprimer librement avec les médias sans avoir obtenu au préalable une autorisation du ministère de l’environnement. Lorsque l’autorisation est accordée, il est souvent trop tard pour que l’information intéresse la presse. Le public n’a appris l’existence de ce  protocole que parce qu’un employé anonyme d’Environnement Canada l’a divulgué. 


Avant 2007, les scientifiques d’Environnement Canada pouvaient  s’exprimer librement avec  la presse. Ils seraient contactés par les médias et pouvaient discuter du thème d’actualité en se basant sur leur recherche scientifique et leur expertise.

Entre novembre 2007 et février 2008, une nouvelle politique des relations publiques concernant la manière avec laquelle les scientifiques interagissent avec la presse a été mise en œuvre par le gouvernement Harper. Une présentation PowerPoint a été divulguée à la presse, expliquant le nouveau protocole pour les employés d’Environnement Canada.

Maintenant, les scientifiques doivent prévenir à la fois leur supérieur et un communicateur social (une sorte de représentant des relations publiques) dès lors qu’ils sont contactés par presse. Les scientifiques doivent ensuite recevoir une approbation préalable du ministère de l’environnement avant de pouvoir répondre aux questions des médias. Ces questions et leurs réponses doivent également être approuvées par les responsables de la communication. Après chaque entrevue, les scientifiques doivent rédiger un rapport sur le contenu de celles-ci.

Si les médias contactent directement le gouvernement pour une entrevue avec un scientifique donné, le gouvernement appose souvent son refus, avant de les rappeler quelques semaines plus tard pour leur annoncer que le scientifique est disponible. Cependant, les heures de tombées de la presse sont déjà passées. C’est à cette expérience que beaucoup de journalistes ont eu affaire selon Margaret Munro, une journaliste  chevronnée au Postmedia News.

Répercussions sur plusieurs questions

La politique de relations publiques du gouvernement Harper, même si elle vise initialement à contrôler la manière avec laquelle les scientifiques Canadiens commentent les questions climatiques, a en outre affecté leur capacité à parler d’autres sujets. Par exemple, le 1er avril 2008, le scientifique Scott Dallimore du Conseil National de la Recherche (CNR) a corédigé un article sur les inondations survenues dans le nord du Canada il y a 13000 ans. Son article a eu un retentissement international. Le gouvernement Harper a demandé ensuite à Dallimore d’attendre l’autorisation avant de promouvoir ses conclusions. Dallimore n’a pas pu recevoir son autorisation à temps afin de répondre aux demandes des médias

« Si on ne peut pas avoir accès à une histoire scientifique gentille et innocente sur les inondations à la fin de la dernière ère glaciaire, pouvez-vous vous imaginer essayer de parler à des scientifiques possédant des informations sur le cadmium et le mercure dans la rivière Athabasca? Absolument impossible » dit Andrew Weaver, Climatologue à l’université de Victoria.

Les restrictions entretenues par le gouvernement Harper sur la capacité qu’ont les scientifiques de parler à la presse a touché aussi des annonces importantes. Par exemple, en 2008 l’agence spatiale canadienne (ASC) n’a pas pu annoncer que la première mission canadienne a découvert qu’il neige sur la planète rouge. La NASA a fini par l’annoncer sans l’ASC, et ce malgré le succès de la mission, des années de préparation, et 37 millions de dollars investis par les contribuables canadiens.

La Frustration des scientifiques et des journalistes

Environnement Canada a fait savoir que ses scientifiques se sentent très frustrés par cette politique qui les empêchent de parler aux médias, a rapporté La Presse « ils ont perdu confiance dans le système qui, selon eux,  ne répond pas aux besoins des médias. » Bon nombre de scientifiques hésite, par conséquent, à accorder des entrevues pour éviter les complications bureaucratiques.

En juin 2008, des scientifiques frustrés ont tenu une grande conférence à Toronto Pour faire entendre leur mécontentement face au nouveau protocole.

Des journalistes ont exprimé leur propre frustration face aux restrictions du gouvernement sur l’accès aux scientifiques. La politique des relations publiques a contraint les journalistes à regarder ailleurs pour obtenir des informations fiables sur des questions relatives aux changements climatiques, tel que les organisations scientifiques et les universités américaines.

Les justifications du gouvernement

Le gouvernement harper a déclaré que son but n’est pas de faire taire les scientifiques mais de créer une position médiatique uniforme à travers le Canada. « Comme nous avons ‘un seul ministère, un seul site web’ nous devrions avoir ‘ un seul ministère, une seule voix’ » a indiqué la présentation PowerPoint envoyée aux employés d’Environnement Canada. Gregory Jack, directeur adjoint des services ministériels et exécutifs  d’Environnement Canada, a fait remarquer, en outre, que «  la politique est destinée harmoniser Environnement Canada et les autres départements fédéraux. »

Cependant, beaucoup de scientifiques croient que la politique des relations publiques traduit les craintes du gouvernement Harper que la recherche sur les changements climatiques soit exposée. «  Je soupçonne que  le gouvernement fédéral préférerait  que ses scientifiques  ne parlent pas des recherches qui soulignent à quel point le défi des changements climatiques est important » a déclaré le professeur Thomas Pederson de l’université de Victoria.

Selon un rapport d’Environnement Canada, la couverture médiatique concernant les changements climatiques a chuté de 80% entre 2007, année durant laquelle cette politique a été mise en œuvre, et 2010.

En avril 2011, les grandes organisations canadiennes  pour la science et le journalisme ont sévèrement dénoncé la politique des relations publiques du ministre de l’environnement Peter Kent. «  Est-ce que le Peter Kent dont les travaux sur les défis présents dans les grandes villes  et qui a reçu le prix de journalisme Robert F. Kennedy, ne peut pas dire à ses collègues dans le cabinet que la liberté de la presse est l’un des fondements de la démocratie, et que la liberté implique que les scientifiques canadiens soient libres de parler aux journalistes canadiens ? »

Depuis l’application du protocole des relations sociales, le gouvernement Harper a été accusé de nombreuses tentatives visant à empêcher un débat public sur les questions environnementales. Voir, par exemple, les cas de Kairos, le Sierra Club de CB, la Fondation Canadienne sur les Sciences du Climat et de l’Atmosphère.

Dates Importantes

  • 2007-2008 : le gouvernement Harper met en œuvre une nouvelle politique sur les relations publiques, limitant la libre communication entre la presse et les scientifiques d’Environnement Canada.
  • 2008 : les scientifiques commencent à recevoir très tardivement  des autorisations leur permettant de parler aux médias pour les reportages sur tout ce qui concerne les inondations anciennes mais aussi sur  les missions vers Mars et les changements climatiques. Les scientifiques et les journalistes expriment leur frustration par rapport à cette politique.
  • 2007-2010 : la couverture médiatique sur les changements climatiques chute de 80%.
  • Avril 2011 : les grandes organisations scientifiques et de journalisme ont sévèrement critiqué le ministre de l’environnement pour avoir abandonner les principes de la liberté d’expression qu’il a vanté en tant que journaliste.

Emploi ou fonction

Environnement Canada est un organisme gouvernemental qui vise à harmoniser programmes gouvernementaux et politiques politiques, à préserver l’environnement et les ressources naturelles et d’appliquer des réglementations relatives à l’environnement. Il emploie plus de 7000 scientifiques spécialisés dans divers domaines, notamment en biologie, en climatologie, en ingénierie, en chimie, en bibliothéconomie, en droit et en commerce.

Portée et conséquences

  • Liberté d’expression : en exigeant une autorisation du gouvernement Harper avant de s’adresser à la presse, les scientifiques d’Environnement Canada perdent leur pouvoir de discuter librement de leurs conclusions avec la presse, et donc de remplir leur mandat de tenir le public canadien entièrement informé sur les questions importantes comme les changements climatiques.
  • Démocratie : empêcher les scientifiques de communiquer librement  avec les médias diminue le degré auquel le public canadien puisse être bien informé sur les questions scientifiques, notamment la science relative à l’environnement et au changement climatique. A ce titre, le public a moins de pouvoir de demander des comptes aux représentants élus canadiens, y compris au premier ministre et  le ministre de l’environnement.
  • Démocratie : dans une démocratie, le gouvernement est au service du peuple. Lorsque le gouvernement essaie d’empêcher le peuple de savoir ce qui se passe en mettant des gardes fous pour empêcher les scientifiques de communiquer avec la presse, notre démocratie est alors malade.
  • Transparence : les fonctionnaires sont rémunérés par le public afin de lui fournir des informations et des services qui bénéficient au public. L’absence de l’information sur les questions principales réduit la transparence quant aux décisions prises par le gouvernement.