Fondation autochtone de guérison

Fondation autochtone de guérison

Les faits

En 2010, le gouvernement fédéral a décidé de ne pas renouveler le financement de la Fondation autochtone de guérison (FAG). Cette dernière a donc dû mettre un terme à ses partenariats avec plus de 120 services communautaires qui avaient pour but de fournir un soutien aux populations autochtones traumatisées par les évènements survenus dans les pensionnats indiens.

Il est toutefois indiqué dans le budget fédéral de 2010 qu’une somme de 199 millions de dollars serait investie dans un programme de Santé Canada afin de continuer d’aider les victimes. Les leaders autochtones affirment cependant que ce programme est loin d’être aussi efficace et spécifique que celui de la FAG.


En tant qu’organisation orientée vers les communautés, la FAG a entrepris de nombreux projets comme le traitement des dépendances, la création de centres résidentiels de guérison, l’aide psychologique, la réalisation d’actions sur le terrain, le soutien aux parents dans l’éducation de leurs enfants, et la mise en place de foyers d’accueil pour femmes. Ces travaux étaient mis en valeur par le volet de recherche mondialement reconnu de la FAG. Celle-ci est la seule agence de financement dirigée par les autochtones eux-mêmes, dont le mandat est de soutenir les communautés qui s’occupent de panser les plaies issues des dommages causées dans les pensionnats indiens.

Les compressions

Les conservateurs ont annoncé en 2010 qu’ils ne soutiendraient plus la FAG et ses initiatives communautaires à l’échelle nationale après le 31 mars 2010.

Pour justifier cette décision, le ministre des Affaires indiennes Chuck Strahl a déclaré que « le financement de la FAG ne pouvait durer éternellement ».

Choqués par cette nouvelle, les différents leaders autochtones du pays ont jugé nécessaire de rencontrer le Premier ministre. Le 30 mars 2010, les chefs politiques fédéraux de l’opposition ont convoqué un débat d’urgence dans la Chambre des Communes, plaidant les conservateurs de poursuivre le financement de l’organisation en question.

Une subvention supplémentaire de 125 millions de dollars a été sollicitée, mais le gouvernement a maintenu sa décision de résilier le financement. Les fonds, à hauteur de 199 millions de dollars, ont plutôt été investis dans un programme de Santé Canada pour aider les dits anciens étudiants des pensionnats indiens. Le gouvernement avait d’ailleurs affirmé que ce financement procurerait aux victimes un meilleur accès à des soins adéquats. Cependant, les leaders autochtones ont ensuite proclamé que ce programme d’aide ne serait jamais aussi efficace que celui de la FAG, étant donné la spécialisation de cette dernière.

Ces compressions ont donc incité de nombreux canadiens à signer une pétition nationale afin d’apporter davantage de soutien à la FAG.

Selon Lou Ann Stacey, la directrice générale intérimaire du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, un des partenaires de la FAG, « c’est triste parce que, depuis 10 ans, on gagnait la confiance des femmes… et maintenant, on risque de ne plus pouvoir les aider ».

Le chef de la nation des Dénés, Bill Erasmus, a affirmé qu’une telle compression violait la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens. Celle-ci avait auparavant été approuvée par le pouvoir fédéral afin de dédommager les communautés autochtones suite aux agressions survenues dans les pensionnats indiens. En mettant un terme aux aides financières destinées à la FAG, le Premier ministre Harper va à l’encontre de ses excuses faites à l’endroit des victimes, en plus de contredire le mandat de la Commission de vérité et réconciliation. Le gouvernement fédéral avait établi cette dernière dans le but de permettre aux familles autochtones de raconter leurs expériences, en plus de leur fournir de l’aide médicale.

Un projet avorté est une voix qui s’éteint

Entre la publication du budget fédéral en 2010 et la fin de son mandat en 2014, la FAG aura mis un terme à plus de 100 programmes au pays; seuls 11 projets régionaux se poursuivront. Sans l’apport financier de la FAG, explique Mike Degagné, directeur adjoint de la FAG, 125 projets ont soit complètement pris fin, soit perdu d’importantes subventions, et ces 11 autres projets subsistent toujours grâce à d’autres sources de financement.

Chaque année, le Foyer pour femmes autochtones de Montréal accompagne dans leur guérison environ 200 femmes traumatisées par des agressions sexuelles, et soutient une douzaine de projets au Nunavut qui fournissent de l’aide aux victimes inuits. Ses programmes qui étaient issus d’un partenariat avec la FAG, comme ceux d’aide psychologique, ont pris fin alors que d’autres survivent grâce à diverses sources de financement.

Les 11 projets toujours actifs qui se termineront le 31 décembre 2013 concernent surtout d’importants centres de guérison qui offrent des thérapies aux patients hospitalisés. Quant à la FAG, elle fermera ses portes le 31 mars 2014 selon Mike Degagné.

D’autres organisations dont l’objectif est d’aider les autochtones, tels que l’Organisation nationale de la santé autochtone (ONSA), l’Institut de la Statistique des Premières nations (ISPN), et Sœurs par l’Esprit ont également subi des compressions importantes ou ont été abolies.

 

Dates importantes :

  • 1998 : La Fondation autochtone de guérison (FAG) voit le jour grâce à une subvention de 350 millions de dollars des Affaires autochtones et développement du nord Canada.
  • 5 mars 2010 : Le gouvernement fédéral annonce dans son budget qu’il ne renouvellera pas les subventions de la FAG.
  • 30 mars 2010 : Un débat d’urgence entre leaders autochtones et le gouvernement Harper a lieu dans le but de prolonger les subventions à la FAG.
  • 31 mars 2010 : Le gouvernement fédéral maintient sa décision, ce qui met un terme à 125 projets de la fondation. Seuls 11 sont toujours en cours.
  • 31 mars 2014 : À cette date, la FAG et les 11 derniers projets prendront fin.

Emploi ou fonction

La Fondation autochtone de guérison (FAG) est une entreprise nationale à but non lucratif basée à Ottawa. Fondée en 1998 grâce à un financement d’une valeur de 350 millions de dollars, elle s’était fixée pour but de soutenir les initiatives communautaires qui visent à traiter, pour les plusieurs générations affectées, l’héritage des agressions physiques et sexuelles survenues dans les pensionnats indiens du Canada. Depuis cette date, la FAG a fourni plus de 1300 subventions aux Premières Nations du pays en entier, notamment pour des projets inuit et métis, dans des milieux urbains, ruraux et dans des communautés isolées.

Portée et conséquences

  • Démocratie : Bien que d’autres organismes continuent d’exister, les autochtones victimes d’agressions survenues dans les pensionnats indiens n’obtiendront désormais plus de soutien de la part d’une organisation aussi unique que la FAG. Ceci marque un retrait des ressources fournies aux autochtones et un recul des engagements démocratiques du gouvernement canadien envers les autochtones – des engagements qui s’étaient manifestés notamment par l’excuse officielle du Premier ministre et la mise en place de la Commission de vérité et réconciliation.
  • Égalité : Les divers groupes autochtones du Canada vont perdre une source majeure de financement pour aider lesdites victimes des pensionnats indiens. Une telle compression aura un impact crucial sur les services spécialisés en santé et en soutien psychologique qui sont mis en action par des autochtones, pour des autochtones.
  • Liberté d’expression : La fin du financement de la FAG réduit à néant la voix des autochtones qui ont partagé depuis des années leurs histoires d’agressions qu’ils ont subi dans les pensionnats. La plupart desdits services de guérison ne leur seront plus offerts, et l’occasion pour ces mêmes victimes de s’exprimer sera annihilée.

 

Date de publication: 28 novembre 2012

Logo de la Fondation autochtone de guérison.