Franke James

Franke James

Les faits

On a demandé à Franke James de faire une tournée européenne pour exposer ses œuvres, dont l’objet est la défense d’un environnement sain et propre. Au départ, l’ambassade du Canada a accordé aux organisateurs de l’exposition  la somme de 5000 dollars pour réaliser le projet, avant d’y renoncer un mois plus tard, et a refusé de soutenir Franke James de quelque manière que ce soit. James prétend que le gouvernement a également tenté de dissuader les commanditaires privés de financer sa tournée, et a caché ses motifs pour intervenir  - motifs dont l’objectif était de faire taire la défense de l’environnement.


Nektarina Non Profit, une organisation qui essaie d’éduquer les gens pour adopter des modes de vies durables, prévoyait  en 2011-2012 une tournée de l’œuvre  de Franke James à travers 20 villes européennes. Le but était d’inciter la jeunesse à devenir plus respectueuse de l’écologie.

En avril 2011, Nektarina Non Profit a écrit à l’ambassade du Canada en Croatie pour demander un financement pour l’exposition. GLB, la division Stratégie et Services du Ministère des Affaires Etrangères et du Commerce International (MAECI), a annoncé à Nektarina que le gouvernement du Canada donnerait la somme de 5000 dollars pour l’exposition, dans un courriel dans lequel on peut lire « GLB est très favorable à votre projet sur les changements climatiques… GLB est en mesure d’offrir la somme de 5000 dollars »

Un mois plus tard, le 25 mai 2011, l’ambassadeur canadien en Croatie a écrit à Nektarina, expliquant que le financement promis pour l’exposition artistique n’était plus disponible à cause des réductions de budget.

Le 16 aout 2011 Franke James a réclamé, en vertu de la loi sur Accès à l’Information (AAI), tous les documents du gouvernement concernant son exposition européenne.

Grâce à ces documents, James a appris que le gouvernement n’avait pas annulé le financement de son exposition à cause du manque de fonds, comme il l’a déclaré, mais il a été, au contraire, annulé parce que Jeremy Wallace, directeur adjoint des changements climatiques au MAECI, a demandé le retrait de l’aide. Selon lui, le message que transmettent les œuvres de James est « … en fait en contradiction avec les intérêts du canada ».

Lorsque la controverse a commencé, les représentants du gouvernement auraient nié que le financement a été promis ou refusé. Ils ont qualifié « la liste noire des accusations » de Franke James de « produit de son imagination ».

Depuis la divulgation du document en vertu de la loi sur  l’accès à l’Information (AAI) le gouvernement s’est montré très avare sur le sujet. Cependant, le militant au parti conservateur Tom Flanagan a participé à un débat avec James sur les ondes de la radio nationale. Flanagan a maintenu que le gouvernement peut, en effet, être sélectif concernant le genre d’art qu’il soutiendra, et que l’œuvre de James a trait davantage à « l’activisme » qu’à l’art.

Suite au refus de financement du gouvernement, Sandra Antonovic (responsable à Nektarina  en charge des projets internationaux) a trouvé des fonds privés afin de permettre aux œuvres de James d’être exposées en Europe. James a essayé d’obtenir  quelques soutiens promotionnels.  Le 8 juillet 2011 elle adressé des courriers à plusieurs ambassades dans lesquels elle a évoqué cette commandite privée. A la grande surprise d’Antonovic, le commanditaire l’a contactée le 11 juillet 2011, et il lui a annoncé  qu’un responsable canadien  l’a contacté directement, et qu’il annule son financement pour éviter «  de nuire à sa société »

Antonovic a dit au Toronto Star qu’elle est « sidérée » par les difficultés posées par le gouvernement canadien pour l’exposition. Elle a expliqué son échange avec le gouvernement canadien dans un autre entretien en disant que «  son organisation a parfois le sentiment d’être traitée avec condescendance et même d’être soumise à des intimidations »

James dit qu’elle est victime d’un traitement injuste, et que le vrai problème n’est pas le financement pour son exposition, mais les interférences du gouvernement dans les coulisses afin de dissuader le producteur de l’exposition  « Nektarina Non Profit », et les autres soutiens d’exposer les œuvres de James, cette dernière est choqué par les attitudes du gouvernement, affirmant qu’elle n’a jamais envisagé la désobéissance civile. « J’ai la conviction que nous devrions changer les lois, et non pas les enfreindre » a-t-elle dit.

Les documents nouvellement divulgués en vertu de la loi sur l’Accès à l’Information révèlent que le 12 juillet 2011, l’ambassadeur du Canada Aux pays Baltes, Scott Heatherington, a dit dans une lettre adressée à ses collègues de l’ambassade du Canada qu’il ne se sent pas à l’aise d’appuyer l’exposition de James. Il leur a par la suite recommandé d’aller voir, par exemple, son essai visuel  « Fat Cat Canada » pour savoir pourquoi le financement ne sera pas accordé. Cela montre que le contenu des œuvres de James était un facteur  justifiant le refus de financer son exposition.

En décembre 2011, le Parti Vert canadien a interrogé le gouvernement conservateur sur l’incident : «  en ce qui concerne le droit à la liberté d’expression consacré dans la Charte canadienne des droits et libertés, sur quel fondement légal le MAECI a-t-il basé sa décision de retirer son soutien à Mme James et d’annuler le financement qui lui avait été alloué ? Le gouvernement dispose de 45 jours pour y répondre, conformément aux procédures parlementaires.

Dates importantes

  • 29 avril 2011 : La division Planification, promotion des intérêts et innovation (GLB) adresse une lettre à l’ambassade du canada en Croatie dans laquelle il donne son accord pour la tournée de Franke James affirmant qu’il est en mesure de contribuer avec la somme de 5000 dollars au bénéfice du projet.
  • 2 mai 2011 : Jeremy Wallace, directeur adjoint  aux changements climatiques au MAECI, recommande le retrait du financement pour l’exposition.
  • 5 mai 2011 : Jeremy Wallace envoie un autre courriel dans lequel il explique que « la direction des changement climatiques craint que le financement proposé ne soit pas en cohérence avec nos intérêts et approche mentionnés ci-dessus, et serait incompatible avec les intérêts du canada plus généralement »
  • 6 mai 2011 : Deborah Price, conseillère à l’ambassade du Canada en Roumanie, exprime son désir de voir la direction des changements climatiques offrir un soutien moral à l’exposition de James et permettre au Canada d’être associé à cet événement. Wallace a rapidement répondu, expliquant qu’il est contre «  le soutien/ l’approbation de la direction des changements climatiques dans ce cas»
  • 25 mai 2011 : l’Ambassadeur du canada en Croatie adresse un courrier à Nektarina Non Profit dans lequel il déclare que l’argent alloué au projet n’est pas disponible à cause de réductions imprévues dans le budget et qu’il ne financerait plus l’exposition.
  • 8 juillet  2011 : James contacte des ambassades pour leur demander  des financements promotionnels. Elle  nomme dans sa lettre un commanditaire privé que Nektarina Non Profit avait trouvé pour apporter son aide au projet.
  • 11 juillet  2011 : le commanditaire privé annonce à Nektarina Non Profit qu’il retire son financement pour les illustrations artistiques de James car il a été contacté directement par un responsable canadien et craint que sa société ne subisse des dommages s’il maintient son financement.
  • 12 juillet 2011 : l’Ambassadeur canadien aux pays Baltes, Scott Heatherington, déclare dans une lettre adressée à ses collègues de l’Ambassade du Canada qu’il ne se sent pas à l’aise d’appuyer le travail artistique de James. Et pour justifier sa décision il leur recommanda de voir en exemple son essai visuel « Fat Cat Canada »
  • 22 juillet 2011 : Nektarina publie une déclaration officielle dans laquelle elle affirme qu’elle a été « intimidée » par le gouvernement canadien.
  • 16 août 2011 : James demande l’accès aux documents la concernant ainsi que sa tournée européenne en vertu de la loi sur l’Accès à l’Information (AAI).
  • 31 octobre 2011 : Des documents sont transmis à James conformément à la loi AAI. Ils démontrent que la raison pour laquelle elle n’obtiendra pas le financement n’est pas liée aux réductions du budget, comme l’a affirmé l’ambassade à Nektarina Non Profit.
  • 2 novembre 2011 : Franke James organise une exposition intitulée « Banned on the Hill »,  exposant ses œuvres artistiques dans les rues d’Ottawa.
  • 12 décembre 2011 : le Parti Vert du Canada  interroge officiellement le gouvernement conservateur sur son intervention dans la tournée européenne de Franke James.

Emploi ou fonction

Franke (prononcé « Frankie ») James est une artiste qui publie des essais visuels sur les questions sociales et environnementales, en particulier l’art relatif aux changements climatiques.

Portée et conséquences

  • Liberté d’expression : le retrait des fonds promis par le gouvernement  basé sur le message écrit sur le travail de Franke James, et son intimidation à l’égard du commanditaire privé, constitue une espèce de censure  et une tentative ouverte pour faire taire la critique indépendante de la politique environnementale du gouvernement Harper.
  • Transparence : la dissimulation du gouvernement Harper de ses motivations pour ne pas financer l’exposition artistique de James constitue un manquement à la responsabilité de transparence qui incombe  au gouvernement.

Photo: Envoyée par Franke James à Voices-Voix