George Galloway

George Galloway

Les faits

Galloway a participé à deux tournées de conférences au Canada en 2005 et 2006 qui se sont toutes deux déroulées sans aucun incident. En mars et avril 2009, Galloway a été invité au Canada par une coalition d’ONG et des organisations anti-guerre pour une troisième série de conférences. Le 15 mars 2009, les critiques de Galloway ont publié une lettre ouverte au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration du Canada (CIC), Jason Kenney, en lui demandant d’interdire l’accès au pays à Galloway. 

Le Directeur des communications de Kenney, Alykhan Velshi, a immédiatement commencé à agir en coordination avec des fonctionnaires du CIC. Deux jours plus tard, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a préparé une évaluation préliminaire. Selon cette évaluation, Galloway ne pouvait pas être admis au Canada puisqu’il y avait des raisons laissant croire qu’il était engagé dans des activités terroristes et qu’il était membre du Hamas (cette dernière étant considérée par le gouvernement canadien comme une organisation terroriste). Le jour suivant, Velshi a contacté les grands médias britanniques pour les informer que Galloway était inadmissible au Canada pour des raisons touchant la sécurité et le terrorisme. Velshi a fait ces déclarations malgré le fait que le Service canadien du renseignement de sécurité avait informé l’ASFC qu’il n’y avait pas d’inquiétudes en matière de sécurité concernant la visite de Galloway.

Galloway a fait ses conférences par téléphone et vidéoconférence de New York, de peur d’être détenu par les fonctionnaires canadiens s’il essayait de traverser la frontière.

Galloway a fait appel à la Cour fédérale du Canada pour contester la décision lui interdisant l'entrée au Canada. L’Association canadienne des libertés civiles est intervenue en sa faveur.

Dans sa décision, la Cour fédérale du Canada a statué qu’étant donné que Galloway ne s’était pas présenté à la frontière, aucune décision n’avait donc été prise pour empêcher son entrée au pays. La demande de Galloway a donc été rejetée. Cependant, le jugement de 60 pages de la Cour fédérale indique que le ministre Kenney n’avait pas suffisamment de raisons valables pour déclarer que Galloway était inadmissible au Canada et était membre d’une organisation terroriste. La Cour fédérale a statué que « de qualifier la livraison d’aide humanitaire de "soutien financier" équivalant à une participation dans les affaires d’organisations terroristes est une interprétation exagérée de la loi».

De plus, la Cour a conclu « qu’il est clair que les efforts pour empêcher l’entrée de Galloway au pays ont plus à voir avec l’antipathie envers ses positions politiques qu’avec de réelles inquiétudes quant à son implication dans des activités terroristes ». Le tribunal a aussi constaté que les intérêts des Canadiens désirant assister aux conférences de Galloway et les valeurs telles que la liberté d’expression et d’association consacrées dans la Charte canadienne des droits et libertés n’avaient pas été pris en considération.   

Par conséquent, avec l’aide et la coordination de nombreuses organisations, Galloway s’est engagé à donner une série de conférences dans dix villes.

En avril 2011, Galloway a engagé une poursuite contre le ministre Kenney et le Directeur des communications devant la Cour d’appel d’Ontario pour avoir fait de fausses accusations à son égard, dans le but de justifier la décision de refuser son entrée au Canada en 2009. L’affaire expose en détail les allégations du Directeur des communications de Kenney à propos de Galloway devant la presse britannique et canadienne. Selon ces allégations, Galloway est odieux, un terroriste et représente un danger pour la sécurité nationale. Galloway soutient que Kenney et le Directeur des communications ont agi avec malice dans un effort de le dénigrer. Il demande un million de dollars pour diffamation et pour action fautive dans une charge publique, ainsi que 500 000 dollars majorés en dommages et intérêts. Galloway soutient qu’il a souffert d’atteinte à sa réputation, d’un scandale public et qu’il a été plongé dans l’embarras et le ridicule. Les allégations de Galloway n’ont pas encore été prouvées et, au moment d'écrire ces lignes, Kenney et le Directeur des communications n’ont toujours pas présenté de défense.

Emploi ou fonction

George Galloway est un ancien membre du Parlement britannique (1987-2010). Il est politicien, militant et humaniste de réputation internationale. Inquiet du traitement du people palestinien dans les territoires occupés par Israël en Cisjordanie et de la guerre en Afghanistan, Galloway a donné des conférences sur ces questions dans plus de 30 pays, dont le Canada.

En 2009, il s’est impliqué dans l’organisation d’un convoi d’aide humanitaire de haut niveau en Palestine, nommé « Viva Palestina », en réponse au bombardement de Gaza par Israël en 2008-2009. Ceci a mené au don de plus de 1 million de livres sterling en aide humanitaire et en véhicules pour la population de Gaza par l’intermédiaire du Hamas, le gouvernement palestinien élu.

Portée et conséquences

La décision de la Cour fédérale indique que les individus faisant la promotion des droits des Palestiniens et militant contre la guerre en Afghanistan ne peuvent représenter un danger pour la sécurité nationale. Par conséquent, ils ne peuvent pas être empêchés d’entrer au Canada à cause de leurs convictions politiques.

La décision de la Cour fédérale établit que le soutien humanitaire des Palestiniens ne représente pas un soutien au « terrorisme ».

La revendication de Galloway contre les actions de Kenney et Velshi envoie un message clair : les activistes politiques peuvent faire appel à la Cour de justice pour tenir les fonctionnaires du gouvernement canadien responsables de déclarations diffamatoires à l’insu d’activistes et de leurs opinions politiques.

Photo : Matthew Emirzian / Wikipédia, sous licence Creative Commons Paternité - Partage à l'Identique 3.0 non transcrit