Institut de la statistique des Premières nations

First Nations Statistical Institute

Les faits

Le gouvernement fédéral canadien a annoncé dans son budget de mars 2012 une coupure complète du financement attribué à l’Institut de la statistique des Premières nations (ISPN). En vertu du budget, ISPN verra son financement fédéral chuter de moitié en 2012-2013 pour être entièrement éliminé en 2013-2014. 


L'ISPN fait la collecte d’importantes informations sur les Premières nations qui sont moins représentées dans les données gouvernementales. Un rapport de mars 2012 indique que l’ISPN a « acquis la capacité interne » et « mis en place des partenariats et des réseaux lui permettant d’atteindre des résultats ». Plusieurs communautés autochtones ne participent pas aux recensements ou aux autres activités de collecte de données. Selon le directeur des opérations de l’ISPN Keith Conn, « il y a des lacunes dans les statistiques pour les populations urbaines des groupes des Premières nations, Métis et Inuit qui sont soit oubliés soit exclus des processus de recensement ». Il ajoute qu’il était d’autant plus « important d’offrir des données pour mesurer le progrès accompli ».

Ce rôle important de la ISPN ne l’a toutefois protégé des coupures de financement massives annoncées par le gouvernement conservateur dans son budget de 2012. D’ici 2014, le financement fédéral de cinq millions de dollars de l’IPSN sera complètement éliminé.

Il a été rapporté qu’au moment où les coupures ont été annoncées, l’ISPN était en train d’implanter entre 24 et 25 projets avec des communautés et des organisations des Premières nations à travers le Canada. En réaction aux coupures, Conn a souligné que l’ISPN continuera à « offrir certains services essentiels » et que la transition pourrait s’effectuer avec trois « organisations sœurs ».

Conn a aussi formulé des inquiétudes quant à l’utilisation future des données recueillies par l’ISPN. Certaines données sont privées, mais Conn voudrait que les données publiques demeurent accessibles. Selon lui, une solution pourrait être l’entreposage de ces données par une organisation axée autour des Premières nations, comme une institution académique par exemple. D’ici là, les opérations et projets du l’ISPSN seront réduits et ses 23 employés seront mis à pied.

Avec les coupures à l’ISPN, les communautés des Premières nations auront des statistiques incomplètes sur leurs besoins en terme de logement, santé, éducation et travail. Conn s’est dit « préoccupé par l’annonce des coupures », mais les met dans un contexte d’un « tsunami de compressions budgétaires visant des organisations de recherche et de collecte de données ».

À la vue des coupures à Statistique Canada, incluant l’abolition du formulaire long du recensement ainsi que la fin annoncée du Programme de formation en statistiques pour autochtones et celle de la banque de données de Sœurs par l’Esprit, les Canadiennes et Canadiens ont perdu ou perdront bientôt des statistiques importantes sur les communautés des Premières nations et autres groupes autochtones.

 

Dates importantes :

Emploi ou fonction

L’Institut de la statistique des Premières nations (ISPN) est une société d’État créée en 2006 en vertu de la Loi sur la gestion financière et statistique des premières nations. ISPN relève du ministère des Affaires autochtones et Développement du Nord Canada et est chargé de regrouper des données sur les Premières nations et d’élargir l’accès à ces données dans le but d’améliorer la planification et la prise de décisions dans certains secteurs. L’ISPN travaille directement avec les communautés pour recueillir des données statistiques objectives et fait le point entre les gouvernements fédéraux, provinciaux et territoriaux et les gouvernements des Premières nations. 

Portée et conséquences

  • Transparence : Le gouvernement fédéral continue de limiter l’accès à des données objectives, fiables et pertinentes au développement de politiques publiques. Le tout s’inscrit dans une tendance à éloigner les politiques gouvernementales de la recherche et les rapprocher de l’idéologie. Il est plus difficile de forcer le gouvernement à rendre des comptes en l’absence de données objectives et fiables.
  • Égalité et démocratie : En retirant le financement à l’ISPN, le gouvernement fédéral limite l’accès à un outil permettant la participation des Premières nations dans l’élaboration de politiques les affectant directement.
  • Accès à l’information : Plusieurs commentateurs soulignent que ces compressions budgétaires démontrent une tendance du gouvernement actuel de sacrifier des données objectives lorsque celles-ci ne s’alignent pas avec son agenda conservateur. Dans ce contexte, certains identifient dans le budget du gouvernement des choix politiques très visibles. 
  • Transparence : Le retrait du financement de l’ISPN est l’une des nombreuses réductions présentées dans le budget fédéral de 2012. Il y a eu plusieurs plaintes quant au caractère secret de plusieurs de ces coupures et le manque d’information quant à leurs impacts. Un plaidoyer pour une meilleure transparence a été fait par le Directeur parlementaire du budget Kevin Page qui occupe un poste de fonctionnaire non partisan et qui a fait face à des difficultés considérables dans ses tentatives d’obtenir du gouvernement l’information nécessaire pour mesurer l’impact des coupures de financement et des projets de loi omnibus. 

Date de publication : 12 novembre 2012

Photo provenant de l'Institut de la statistique des Premières Nations

Sources