Maison de Palestine

Maison de Palestine

Les faits

Au mois de janvier 2012, le ministre de l’immigration et du multiculturalisme Jason Kenney a annoncé que le financement accordé à la Maison Palestine ne serait pas reconduit après le 31 mars. Kenney a évoqué des craintes que Maison de Palestine ait été une institution extrémiste et qu’elle soutienne des terroristes et le terrorisme. Selon les critiques, c’est une nouvelle tentative de la part du gouvernement Harper pour faire taire ceux qui sont critiques à l’égard de ses politiques sur Israël et la Palestine. 


Fondée par les efforts conjoints de diverses associations canadiennes qui travaillent sur ​​les questions palestiniennes, Maison de Palestine a ouvert ses portes en 1994. Entre 1994 et 2012, elle a fourni des cours de langue et des services pour aider les nouveaux immigrants à s’établir, ainsi que des conseils sur l'immigration, les problèmes familiaux, la citoyenneté, les questions juridiques et de logement.

Pour ces services, Maison de Palestine a reçu, en 2011, un financement annuel du gouvernement du Canada s’élevant à 950 000 $.

Kenney accuse

Selon des rapports, le ministre de l'immigration et du multiculturalisme, Jason Kenney, a adressé une lettre en décembre 2011 à Maison de Palestine, déplorant que cette dernière avait pris des positions qui pourraient être considérées comme « extrémistes » ou comme soutenant  des « terroristes » et le « terrorisme ».

Kenney a mentionné trois sources de préoccupation en particulier:

  1. Le site internet de Maison de Palestine comprenait une « carte » qui présentait un État palestinien couvrant non seulement les territoires palestiniens occupés, mais aussi le territoire israélien.
  2. Un événement remontant au mois d’octobre 2011, dans lequel le soldat des Forces de Défense Israéliennes Gilad Shalit, qui avait été enlevé par des militants liés au Hamas à Gaza, a été échangé contre la libération de 1 000 prisonniers palestiniens par Israël. L'échange comprenait un « terroriste inculpé et au moins une personne ayant assassiné deux citoyens canadiens » et Kenney aurait affirmé que Maison de Palestine avait soutenu leur libération.
  3. Maison de Palestine a organisé un événement en mars 2010 dans lequel elle a invité Abdul Bari Atwan, journaliste basé à Londres. Kenney a affirmé qu’Atwan avait dit, en 2007, qu’il se réjouirait si les missiles iraniens frappent Israël.

Maison de Palestine a répondu aux motifs cités par Kenney dans une lettre qu’elle lui a adressé le 28 décembre 2011:

  1. La « carte » est un logo montrant le contour de la terre ancestrale des palestiniens. Le logo peut être abandonné si le ministre montre toujours une réticence à son égard.
  2. L'événement qui a eu lieu en octobre a permis la libération de nombreux prisonniers politiques et Maison de Palestine a déclaré qu’elle ne soutient aucun prisonnier en particulier.
  3. Maison de Palestine n'avait pas eu connaissance des déclarations d’Atwan faites en 2007 et elle « ne soutient pas » ces déclarations.

Kenney supprime le financement de Maison de Palestine

Le 31 janvier 2012, le ministre Kenney a informé Maison de Palestine que le financement accordé à l’organisation, arrivant à échéance le 31 mars 2012, ne serait pas renouvelé.

Le porte-parole de Kenney, Kesra Nejastian, a accusé Maison de Palestine de promouvoir des positions extrémistes qui portent atteinte à la cohésion sociale. « Nous ne pouvons plus justifier  es subventions accordées à une telle organisation avec l'argent des contribuables, en particulier pour fournir des services d'intégration pour les nouveaux arrivants au Canada », a déclaré Nejastian.

Le porte-parole de Maison de Palestine Samir Jabbour a fait valoir que les positions de l'organisation sur le conflit israélo-palestinien étaient « conformes aux valeurs universelles des Droits de l'Homme consacrés dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et de la Charte Canadienne des Droits et Libertés ».

Les coupures de financement, représentant un montant de près de 1 million de dollars, ont mis fin aux services de cours de langue et d’établissement que fournit Maison de Palestine pour les nouveaux immigrants, et plusieurs employés ont dû être mis à pied. Jabour a soutenu que l'organisation continuerait néanmoins à soutenir la communauté palestinienne du Canada.

Un autre cas de voix réduites au silence

Le directeur exécutif de Maison de Palestine, Firas Saleh, a estimé que la suppression des fonds se rapporte à un désaccord de l'organisation avec les positions du gouvernement Harper sur le conflit israélo-palestinien. « Nous sommes juste la dernière victime de la vendetta du gouvernement contre toute personne qui ose remettre en question les politiques israéliennes » a-t-il dit.

L'opinion de Saleh est partagée par l’avocate de renom Barbara Jackman, qui a engagé une action en justice contre Kenney pour la suppression de fonds consacrés à la Fédération Canado-Arabe en 2010.

Jackman a dit à Haroon Siddiqui de Torstar « Maison de Palestine ainsi que la Fédération Canado-Arabe, ont depuis longtemps fourni des cours d’anglais en deuxième langue (ESL) et d'autres services d'établissement des immigrants - une activité totalement apolitique - et les deux organisations faisaient du bon travail. Leur financement a été supprimé non pas parce qu'elles ne faisaient pas le travail ou ne fournissaient pas de services, mais parce que ce gouvernement, et ce ministre en particulier, n'apprécient pas leurs opinions politiques » a déclaré Jackman.

Le gouvernement Harper a été accusé de tentative de faire taire les positions des critiques sur le conflit israélo-palestinien à maintes reprises, par exemple pour les organisations canadiennes Kairos, Alternatives et Droits et Démocratie, ainsi que le candidat au prix Nobel Mustafa Barghouti et le député britannique George Galloway. La Coalition de Toronto pour Arrêter la Guerre s’est mobilisée pour défendre Maison de Palestine, mentionnant une liste d'organisations qui ont souffert des réductions similaires à cause de leur position sur la Palestine et la politique israélienne.

 

Dates importantes :

  • 1994 : Le Centre Culturel et Éducationnel Maison de Palestine ouvre ses portes.
  • 1994-2011: Maison de Palestine reçoit des financements annuels de la part du gouvernement fédéral afin de fournir des services de langue et d’établissement aux nouveaux immigrants ainsi que des services de conseil concernant les problèmes familiaux, l’immigration, la citoyenneté, les questions juridiques et de logement.
  • Décembre 2011: Le ministre Jason Kenney écrit à Maison de Palestine, citant trois raisons qui le laisse inquiet que Maison de Palestine soit une « organisation extrémiste » et qu’elle soutient « les terroristes » et le « terrorisme ».
  • Décembre 2011: Maison de Palestine répond au ministre Jason Kenney, abordant chaque point de préoccupation mentionné.
  • 31 janvier 2012: Le ministre Kenney annonce à Maison de Palestine que le gouvernement ne renouvellera pas le financement accordé au centre qui devait prendre fin le 31 mars. Ces suppressions s’élèvent à environ 1 millions de dollars de pertes pour le centre, mettant ainsi fin aux services de langue et d’établissement fournit aux nouveaux immigrants, et entraînant la mise à pied de 20 personnes.
  • Février 2012: Des critiques disent que les actions de Kenney s’inscrivent dans une série d’attaque contre les organisations qui sont en désaccord avec le gouvernement Harper.

Emploi ou fonction

Le Centre Culturel et Éducationnel Maison de Palestine (Maison de Palestine) est un organisme de bienfaiscence qui fait office de centre social, culturel et éducationnel pour la communauté palestinienne au Canada, notamment dans la grande région de Toronto.

Portée et conséquences

  • Liberté d’expression: Le financement de Maison de Palestine a été supprimé en raison de ses positions politiques à l’égard des politiques d'Israël et de son soutien aux droits des Palestiniens, sans qu’aucune des accusations de « l'extrémisme » n’ai été prouvée. En dépit de son bilan positif dans le service fournit aux communautés immigrées, Maison de Palestine a été dépourvue de fonds pour ce qui est clairement des raisons idéologiques.
  • Liberté d’expression: Ceux qui sont impliqués dans le programme Maison de Palestine estiment que le gouvernement essaie de faire taire toute personne qui « ose remettre en question la politique israélienne » fixée par le gouvernement. Les suppressions de fonds pour Maison de Palestine font partie d'une tendance plus générale: le gouvernement a également réduit au silence d'autres groupes tels que Kairos et la Fédération Canado-Arabe pour leurs positions sur les politiques israéliennes.
  • Démocratie: Maison de Palestine fournit des cours d’anglais en deuxième langue (ESL) ainsi que des services d'établissement des immigrants, pour aider les immigrants nouvellement arrivés à s'adapter à la société canadienne. En tant que tel, ils ont fourni un service essentiel pour l'intégration d'une population défavorisée dans la société canadienne. Parce que Maison de Palestine s'est appuyée sur le financement fédéral pour fonctionner, ces coupes budgétaires compromettent sa capacité à fournir des services efficaces qui contribuent à la construction d'un Canada pluriel et tolérant.
  • Transparence: En dépit de la réponse de Maison de Palestine a donné au gouvernement en ce qui concerne les trois préoccupations que Kenney a cité à l'appui des coupures de financement, le gouvernement est allé de l'avant et a supprimé les fonds sans autre explication. L’absence d'autres raisons fournies, outre les trois qui avaient déjà été examinées par Maison de Palestine, conduit à s'interroger sur la transparence et sur la motivation idéologique de la décision.