Munir Sheikh

Munir Sheikh

Les faits

En été 2010, Munir Sheikh a démissionné de son poste à la tête de Statistique Canada, prétendant que le ministre de l’Industrie Tony Clement avait déformé sa position et celle de Statistique Canada  quant au formulaire long du recensement obligatoire. Le ministre Clement avait déclaré qu’il avait été avisé par Statistique Canada que le formulaire long du recensement obligatoire pourrait être supprimé en faveur d’une enquête volontaire sans que cela porte atteinte à l’intégrité des données collectées.


Le 28 juin 2010, le gouvernement Harper a remplacé le formulaire long du recensement obligatoire par une Enquête Nationale auprès des Ménages. La suppression du formulaire long  est en contradiction avec l’avis de la plupart des experts et des professionnels à travers le Canada, y compris les statisticiens, les économistes, les hommes d’affaires, les médecins, les avocats, les officiers de police, les groupes religieux, les groupes de lutte contre la pauvreté et les défenseurs des minorités linguistiques.

Tony Clement a laissé entendre que Munir Sheikh était d’accord avec cette décision, donnant lieu à une indignation publique. Des économistes et des statisticiens ont ouvertement critiqué la décision, c’était le cas de David Green, économiste à l’Université de la Colombie Britannique, qui a écrit le 17 juin «  il y a des décennies, nous avons constaté que la Banque du Canada a besoin d’être indépendante de toute ingérence politique. Il en va de même pour l’agence nationale des statistiques. Si la collecte des statistiques change avec les caprices idéologiques du gouvernement, alors le fondement même des décisions, de la transparence et de la confiance du gouvernement sera brisé. Nous avons besoin d’un statisticien en chef qui soit prêt à défendre Statistique Canada en tant qu’institution indépendante. Où est Munir Sheikh dans tout cela ? »

Le 21 juillet, Sheikh a démissionné en expliquant que la nouvelle enquête prônée par le gouvernement, qui serait pour l’essentiel inutile, n’était pas à l’origine de cette démission. Mais qu’il a démissionné parce que le gouvernement Harper a déformé sa position : « … lorsque des doutes ont commencé à être émis sur la nature des suggestions que nous avons fournies, qui pour tout statisticien serait apparu comme étant un travail d’un non statisticien, je suis arrivé à la conclusion que je ne peux pas être à la tête d’une agence dont la réputation a souffert. »

La position réelle de Sheikh est demeurée stable sur les vertus du formulaire long du recensement obligatoire et les lacunes que présente l’enquête volontaire. Des courriels envoyés du bureau de Munir Sheikh au bureau du ministre de l’Industrie Tony Clement révèlent que même 70 % de taux de réponse sur le recensement ne serait pas suffisant pour garantir des données impartiales.

Il s’agissait, pour l’essentiel, d’une question d’intégrité professionnelle, tel qu’il a été exprimé dans un nouveau commentaire fait par David Green deux jours après la démission de Sheikh : «  il était dans une position très difficile - soit il défend le gouvernement, cas dans lequel il perdra toute crédibilité en tant que statisticien en chef … soit l’alternative (démissionner). »

 Donner l’impression  de soutenir le gouvernement  aurait compromis l’indépendance, l’intégrité et la réputation de Statistique Canada (StatsCan). Étant fonctionnaire, Sheikh ne peut pas contredire ouvertement le gouvernement fédéral.  Le président de la Société statistique du Canada,  Don McLeigh,  a déclaré : «  Je pense que c’était la seule façon pour lui de dire quoi que ce soit. »

En effet, des sous-ministres – en l’occurrence, Munir Sheikh en sa qualité de directeur de StatsCan- sont soumis, généralement, à de telles limites dans leur liberté d’expression, puisque le parti au pouvoir peut prendre la parole au nom de ses ministères et organismes. Il n’y a pas de mécanisme officiel  qui leur permet de défendre leurs points de vue ou de corriger des interprétations erronées de ce qu'ils pensent.

Une fois que les vrais points de vue de Sheikh sur la valeur du formulaire long du recensement obligatoire sont connus, le gouvernement a subi des critiques pour les avoir dénaturés. Mel Cappé, alors président  de l’Institut de Recherche en Politiques Publiques, a déclaré «  j’exhorte  le comité [pour l’industrie, la science et la technologie] à ne pas s’engager dans des jeux partisan avec une importante institution de gouvernance. » 

Finalement, 69,3% des répondants ont pris part à l’enquête facultative, confirmant que statistiques Canada n’aurait pas l’information nécessaire  pour mener des évaluations critiques sur la situation économique et sociale du Canada. (Voir notre page sur le formulaire long du recensement obligatoire ici.)

Relevant Dates:

  • 16 juin 2008 : Munir Sheikh est nommé statisticien en chef du Canada.
  • 28 juin 2010 : le gouvernement Harper annonce la fin du formulaire long du recensement obligatoire et le remplace par l’Enquête Nationale Volontaire auprès des Ménages.
  • 16 juillet 2010 : le ministre de l’Industrie  Tony Clement prétend que Statistique Canada soutient le remplacement du formulaire long du recensement obligatoire par l’enquête volontaire.
  • 21 juillet 2010 : Munir Sheikh démissionne de son poste de directeur de Statistique Canada.
  • Septembre 2011 : les résultats de l’enquête auprès des ménages sont publiés, confirmant l’insuffisance de l’enquête.

 

Emploi ou fonction

Statisticien en chef du Canada du 16 juin 2008 jusqu’à sa démission le 21 juillet 2010 après une carrière de 38 ans au service de l’Etat.

Portée et conséquences

  • Liberté d’expression : l’incapacité de Munir Sheikh de communiquer avec le public en sa qualité de fonctionnaire le rend vulnérable aux jeux partisans et à la mauvaise représentation lorsque le discours public du gouvernement lui est attribué en tant que statisticien en chef. Cela dépasse les restrictions habituelles auxquelles sont soumis les fonctionnaires, voire même ceux dont la position est supposée leur offrir une indépendance et œuvrer pour l’intérêt public.
  • Transparence : le gouvernement a dénaturé, avec impunité, les opinions de Sheikh sur la valeur du formulaire long du recensement obligatoire.
  • Démocratie : la tentative du gouvernement pour obscurcir le débat sur les mérites du formulaire long du recensement en fournissant une mauvaise représentation des opinions de Munir Sheikh ne respecte aucune norme de la bonne gouvernance.
  • Démocratie : en tant que citoyen Canadien et fonctionnaire, Sheikh a le droit d’être traité avec respect et en toute bonne foi.