Organisation nationale de la santé autochtone (ONSA)

Organisation nationale de la santé autochtone (ONSA)

Les faits

Depuis sa création en 2000, l’Organisation nationale de la santé autochtone (ONSA) a reçu des subventions de près de 5 milliards de dollars par année de la part de Santé Canada. Le gouvernement conservateur y a cependant mis un terme en 2012. En conséquence, l’organisation a fermé ses portes le 30 juin 2012.


Ayant remarqué les mauvaises conditions de vie dans lesquelles vivaient les personnes autochtones, l’ONSA s’est attribué un rôle pédagogique tout en fondant le Journal de la santé autochtone, une première. L’organisation a également mené des recherches novatrices sur les problèmes sociaux des Autochtones de l’Arctique. Le site internet de l’ONSA contient d’ailleurs beaucoup de rapports et de bases de données au sujet de la santé des Autochtones et de leur savoir traditionnel. Selon Simon Brascoupé, président de l’ONSA, leur site a recensé 640 000 téléchargements de documentation sur la santé des Autochtones seulement durant l’année dernière. L’ONSA avait, en plus, une influence majeure sur en matière de diffusion d’information pour le public; elle a distribué 250 000 livrets aux Premières nations, Métis et Inuits à propos de problèmes de santé.

De nombreux travailleurs sociaux, leaders communautaires et chercheurs utilisent encore la documentation de l’ONSA. Celle-ci visait entre autres à faire valoir la connaissance autochtone en matière de santé en filmant et en enregistrant les aînés, ce qui assurait un contact direct avec les communautés. En agissant ainsi, l’ONSA favorisait la tradition orale par laquelle les autochtones transmettent leur savoir d’une génération à l’autre.

La fin d’une organisation dédiée au savoir autochtone

En avril 2012, le gouvernement fédéral appelait l’ONSA pour lui annoncer qu’il mettait fin à ses subventions. Il n’y avait effectivement aucun montant destiné à l’ONSA dans le budget fédéral de 2012.

Pour justifier les compressions, la ministre de la Santé Leona Aglukkaq a déclaré que l’ONSA faisait face à des « problèmes de gouvernance ». En novembre 2011, l’Assemblée des Premières nations, Inuit Tapiriit Kanatami, et le Conseil national des Métis ont rédigé une lettre dans laquelle ils soulevaient des inquiétudes similaires à propos de l’ONSA, et suggéraient de remplacer cette dernière par un nouveau modèle de gouvernance. Les trois groupes autochtones désiraient créer trois nouvelles organisations qui se rapporteraient directement à chacun des trois groupes, ce qui leur permettrait d’avoir un plus grand pouvoir sur ces organisations. Ces mêmes trois groupes affirmaient également qu’un nouveau modèle de gouvernance aurait permis de réduire considérablement les dépenses.

L’ONSA a dû fermer ses portes le 30 juin 2012 en raison des compressions budgétaires fédérales survenues quelques mois plus tôt. Ses 31 employés ont donc perdu leur travail.

Toutes les informations qui se trouvent sur le site internet de l’ONSA seront retirées en décembre 2017.

Des voix critiquent les compressions

Thomas Dignan, qui siège au comité consultatif sur la santé des Autochtones du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada avait alors soutenu que « en dépit de ses difficultés, l'ONSA a joué un rôle important dans l'avancement de la recherche sur la santé des Autochtones ».

Dr Dignan a également déclaré que « l’état de santé des populations autochtones [était] une honte nationale ». Les compressions fédérales surviennent en effet à un moment très inopportun étant donné la nécessité croissante d’améliorer la qualité de vie, surtout en matière de santé, des communautés autochtones.

Selon certaines critiques, les statistiques de l’ONSA, qui révèlent la marginalisation des personnes autochtones, seraient des informations mettant le gouvernement fédéral mal à l’aise.

Or, Ottawa n’a pas seulement supprimé les subventions de l’ONSA; la capitale fédérale a également effectué d’autres compressions auprès de diverses organisations autochtones, comme l’Institut de la statistique des Premières nations, la Fondation autochtone de guérison et le projet Sœurs par l’esprit.

Dates importantes

  • 2000 : L’Organisation pour le progrès de la santé des peuples autochtones est fondée en mars. Au mois de décembre de la même année, ses directeurs la renomment l’Organisation nationale de la santé autochtone (ONSA). L’ONSA est fondée et financée par l’entremise de Santé Canada.
  • 2004 : L’ONSA lance son Journal de la santé des autochtones, qui contient des études complexes, des éditoriaux et de la recherche novatrice effectuée par des chercheurs reconnus, des universitaires et des membres de communautés autochtones.
  • 4 avril 2012 : Le gouvernement fédéral prévient l’ONSA qu’il met un terme aux subventions.
  • 30 juin 2012 : L’ONSA ferme ses portes. Toute sa documentation accessible en ligne reste disponible jusqu’en décembre 2017.

Emploi ou fonction

L’ONSA a été fondée en 2000 en tant qu’organisation à but non lucratif. Son objectif était d’améliorer la santé physique, mentale, émotionnelle, sociale et spirituelle des Premières nations, des Inuits et des Métis à travers des recherches universitaires et des activités de sensibilisation et d’éducation. 

Portée et conséquences

  • Égalité : Les compressions budgétaires affectent sérieusement les Autochtones du Canada, dont la situation générale est déplorable pour des raisons historiques bien connues. Dans le contexte actuel, les groupes tels que l’ONSA sont essentiels; il est donc nécessaire de leur fournir un soutien financier pour les aider à réaliser leurs projets de recherche sur la santé des personnes autochtones. Ces travaux aident également les institutions comme le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada à améliorer l’état de santé et les conditions de vie des peuples autochtones.
  • Égalité : Le gouvernement fédéral n’a pas seulement cessé d’octroyer des subventions à l’ONSA : d’autres organisations comme l’ISPN, la FAG et les Sœurs par l’esprit font aussi partie du lot. Il devient donc de plus en plus difficile pour les peuples autochtones de se sortir de leurs mauvaises conditions actuelles.
  • Liberté d’expression : L’ONSA était une organisation unique et essentielle de par sa capacité de créer des ponts entre d’importantes institutions canadiennes et les communautés autochtones, car elle gardait un ancrage dans la culture autochtone. Le gouvernement fédéral ayant réduit au silence la voix de l’ONSA, la population autochtone du Canada se verra marginalisée davantage.
  • Démocratie : Le paradigme actuel des politiques fédérales, où les lois du marché et l’économie passent avant les besoins vitaux des citoyens, frappe durement les plus pauvres.
  • Transparence : Le gouvernement conservateur n’a pas supprimé les subventions d’une seule organisation; plusieurs autres ont été touchées par  les compressions budgétaires de 2012. Beaucoup de gens se sont plaints du caractère secret de ces compressions et du manque d’information quant à leurs impacts. C’est Kevin Page, le Directeur du budget parlementaire, qui a initialement revendiqué davantage de transparence de la part du gouvernement fédéral. Page est un fonctionnaire non partisan qui a fait face à de nombreux obstacles pour obtenir des informations sur l’impact de divers projets de loi et de compressions du gouvernement en place.

Date de publication : 10 octobre 2012

Dernière mise à jour : 22 octobre 2012

Photo du « Centre for Aboriginal Health Research, University of Victoria ».