Pat Stogran

Pat Stogran

Les faits

Au début de l’année 2010, le colonel Pat Stogran a critiqué à plusieurs reprises le traitement qu’a réservé le gouvernement fédéral aux anciens combattants. Il a déploré la bureaucratie obstructive de ministère des anciens combattants et des principaux organismes gouvernementaux qui l’ont empêché de défendre les intérêts des anciens militaires. En été 2010, Stogran est informé qu’il ne sera pas reconduit dans ses fonction pour un second mandat. Le gouvernement conservateur a affirmé que le remplacement de Stogran par Guy Parent n’a pas été dicté par des considérations politiques.


Lorsque le parti conservateur était dans l’opposition avant 2006, il a promis une série de mesures dont l’objectif est de protéger les anciens combattants. Lors de la compagne électorale de 2006, les conservateurs ont essentiellement promis de déposer une Charte des Droits des Vétérans qui exigerait d’Anciens Combattants Canada (ACC) d’accorder aux militaires, hommes et femmes, le bénéfice du doute lors de leurs demandes pour obtenir des avantages ou de l’aide. En outre, la Charte des Droits des Anciens Combattant permettait  la création d’un Bureau d’Ombudsman des vétérans.

La Charte des Droits des anciens combattants a été voté le 3 avril 2007, et le Bureau d’Ombudsman des Vétérans a été créé. Depuis le vote de la Charte des Droits, la condition des anciens combattants du canada a attiré, nettement, moins l’attention des politiciens du gouvernement harper et de l’opposition.

En novembre 2007, le colonel Pat Stogran est nommé conseiller spécial par le Gouverneur en Conseil au ministère des Anciens combattants en vertu de la loi sur l’emploi dans la fonction publique.

Le colonel Stogran a, aussitôt, fait activement compagne afin que le gouvernement canadien réserve un meilleur traitement aux anciens combattants et pour qu’il reconnaisse leurs droits. Il a, à maintes reprises, exprimé sa consternation face à l’échec du gouvernement canadien de respecter ses obligations à l’égard des anciens combattants, critiquant « le système » pour son insuffisance à défendre les droits des anciens combattants.

Stogran a, notamment, soulevé la question de la, gestion des avantages sociaux des anciens combattants, déplorant la « mentalité parcimonieuse de la compagnie d’assurance » que pratique Anciens Combattants Canada. Il a, en outre, exprimé sa préoccupation  concernant le fait qu’une nouvelle charte d’anciens combattants  semblait être conçue pour permettre au gouvernement de faire des économies en réduisant les indemnités des anciens combattants et en remplaçant leurs pensions par des paiements forfaitaires et des allocations d’invalidité.

Stogran a rédigé plusieurs rapports au gouvernement dans lesquels il a exprimé sa préoccupation que  les  hauts fonctionnaires fédéraux, y compris les responsables du Bureau du Conseil Privé et le Conseil du Trésor, étaient de moins en moins disposés à prendre en charge les soldats, notamment les soldats rentrant d’Afghanistan. Aucune suite n’a été donnée aux rapports.

Enfin, Stogran est exaspéré du manque de coopération du gouvernement. Il a déclaré « Nous avons commencé à faire pression, » avant d’ajouter « On m’a dit que c’était inutile. Il est devenu clair que le gouvernement n’allait pas coopérer. J’étais dans l’attentisme avant de partir. »

Suite aux critiques publiques formulées par Stogran au printemps 2010, le gouvernement Harper a informé Stogran, en privé, qu’il ne sera pas reconduit dans sa mission pour un mandat de trois ans pour le poste d’Ombudsman des anciens combattants (deux jours après, l’information a été divulguée.) A cette annonce, Stogran a décidé de convoquer une conférence de presse le 17 août 2010. Il voulait faire pression sur le gouvernement en brisant le silence devant les médias et faire connaître ainsi la situation dans laquelle se trouvent les anciens combattants au Canada.

Une demi-douzaine de soldats qui ont été blessé pendant la guerre afghane, et qui servaient toujours dans l’armée, voulaient se joindre à Stogran et s’exprimer publiquement.  Cependant, un officier de l’armée les a appelés pour les avertir que le général Walter Natynczyk, chef d’état major de la Défense n’approuvait pas leur décision. La peur des répercussions les a empêché de s’exprimer.

Stogran a, toutefois, été joint lors de sa conférence par une demi-douzaine d’anciens combattants, notamment Brian Dyck, qui souffre de SLA (sclérose latérale amyotrophique) qui s’est vu refusé ses avantages sociaux.

Stogran a parlé aux médias d’une bureaucratie « obstructive et trompeuse »  qui l’a empêché de faire son travail. «Cela dépasse mon entendement de savoir comment le système pourrait sciemment refuser à un si grand nombre de nos anciens combattants les prestations et les avantages que le peuple et le gouvernement du Canada ont reconnu depuis longtemps comme étant leur obligation de subvenir à leurs besoins » a déclaré Stogran.

Le plaidoyer public de Stogran à la conférence de presse, et la couverture médiatique des questions que son plaidoyer a soulevées, sont le résultat d’un nombre de changements.  Le gouvernement a, par exemple, renversé une décision antérieure d’ACC ; lequel  renversement a empêché les anciens combattants souffrant du SLA de recevoir des indemnités  et des soins à domicile, et il y avait des intentions de modifier la Charte des anciens combattants. Le gouvernement a, également, déclaré qu’il dépenserait 2 milliards de dollars dans les deux prochaines décennies pour s’occuper des anciens combattants blessés. En outre, le ministre des Anciens Combattants Jean-Pierre Blackburn et le ministre de la Défense Nationale Peter Mackay ont décidé de décaisser en plus 52 millions de dollars en faveur de la nouvelle initiative pour soutenir le personnel militaire blessé.

En dépit de ces changements, Stogran demeure sceptique quant aux intentions du gouvernement de régler les problèmes systémiques persistants. « C’est de la poudre aux yeux politique pour eux que d’annoncer que 2 milliards de dollars seront déboursés dans les vingt prochaines années et que le chèque a été posté,»  a constaté Stogran.

En novembre 2010, Stogran a été remplacé au poste d’Ombudsman par Guy Parent, un ancien adjudant-chef des forces canadiennes. Parent a été beaucoup moins critique à l’égard du gouvernement. Le ministre Blackburn  a maintenu que Stogran n’a pas été licencié. « Nous pensons qu’après trois ans une nouvelle personne fournira de nouvelles idées » a-t-il remarqué.

Les partisans de Stogran  croient que le colonel a été évincé pour avoir critiqué la bureaucratie fédérale ainsi que le gouvernement Harper.

Dates Importantes

  • Octobre 2007 : le ministre des anciens combattants Greg Thompson nomme le colonel Pat Stogran en tant que premier Ombudsman des anciens combattants du Canada.
  • 2007-2010 : Stogran critique le traitement des anciens combattants par le gouvernement.
  • Août 2010 : le gouvernement conservateur informe Stogran qu’il ne le maintiendra pas à son poste pour un deuxième mandat.
  • 17 août 2010 : Stogran et d’autres anciens combattants expriment leur mécontentement  vis-à-vis du traitement réservé par le gouvernement aux anciens combattants, notamment le remplacement des pensions en vigueur par des paiements forfaitaires et des allocations d’invalidité.
  • 10 novembre 2010 : Pat Stogran est remplacé par Guy Parent, qui exprime peu ou pas de désaccord avec l'action ou l'inaction gouvernementale sur les questions des anciens combattants.

Emploi ou fonction

Le colonel Pat Stogran était le commandant de troupes en Afghanistan et le premier Ombudsman des anciens combattants en Afghanistan au Canada, entre novembre 2007 et novembre 1010.

Portée et conséquences

  • Liberté d’expression : le colonel Stogran a pris ses responsabilités pour s’occuper sérieusement des anciens combattants et a accompli un excellent travail. Son éviction montre l’intolérance à l’égard de la critique, même lorsque celle-ci est  fondée et soigneusement exprimée.
  • Egalité : le non renouvellement du mandat de Pat Stogran, privant les anciens combattants du Canada d’une voix forte,  a un impact sur leur bien-être réel et potentiel. Les conséquences à long termes pour les anciens combattants d’un soutien inapproprié comprennent un manque d’avantages et de services d’invalidité qui leurs reviennent de droit. Le retard dans les réponses aux demandes et plaintes, ainsi que la méfiance croissante qui règne entre les anciens combattants, le gouvernement et ses responsables. Les anciens combattants ne sont pas moins dignes de respect et d'attention que les autres Canadiens qui servent leur pays et font un travail dangereux, sinon, le devoir de les honorer.
  • Liberté d’expression : l’intimidation des soldats afin d’empêcher leur participation à la conférence de presse, après qu’ils ont risqué leurs vies pour le Canada, ayant pour but de les empêcher de plaider pour un traitement digne pour leurs personnes et celles de leurs collègues anciens combattants, est injuste. Les voix doivent être entendues. Le moins que l’on puisse faire en tant que Canadiens, c’est d’écouter.

Photo: CommandInfluence.com (Pat Stogran)