Programme d'accès communautaire

Programme d'accès communautaire

Les faits

Le 5 avril 2012, Industrie Canada a envoyé une lettre annonçant que le financement du Programme d’Accès Communautaire (PAC) qui s’élève à environ 15 millions de dollars, prendra fin le 31 mars 2012 et qu’il ne sera pas renouvelé. Industrie Canada a déclaré que dans le contexte «  d’une période budgétaire difficile » le financement du PAC a été supprimé parce que ce programme «  avait atteint avec succès ses objectifs.» Cependant, il a été prouvé que la fracture numérique au Canada persistera et les associations des bibliothèques et des centres communautaires qui fonctionnent avec le PAC ont décrié les suppressions de financement.


En 2010, le PAC a fonctionné dans 3785 sites à travers le Canada et a reçu environ 15 millions de dollar du gouvernement fédéral.  Le PAC a fourni un accès internet dans 149 endroits à Terre-Neuve et-Labrador ; 540 en Ontario ; 209 en Nouvelle-Écosse ; 34 à l’Île-du-Prince-Édouard ; plus de 400 à Manitoba, environ 400 également au Saskatchewan ; 287 en Alberta, 135 en Colombie-Britannique et 20 à Nunavut.

Le 5 avril 2012, Industrie Canada a envoyé une lettre déclarant que le financement du PAC serait supprimé à partir du 31 mars.

Eric Stackhouse, président de l’association PAC en Nouvelle-Écosse, a déclaré à CBC qu’il « aurait souhaité qu’on ait quelques discussions avant qu’ils prennent cette décision, mais comme ils l’avaient fait dans le passé, ils n’ont fait qu’envoyer des lettres »

En dehors « de la période budgétaire difficile », la justification fournie dans la lettre était que, selon Industrie Canada, le PAC « avait atteint avec succès ses objectifs »

Stackhouse a ajouté « ils disent qu’ils ont atteint leurs objectifs, mais ils n’ont jamais dit quels étaient ces objectifs. »

Plusieurs sites devront fermer tandis que d’autres, tel que le CAP de la Nouvelle-Écosse, resteront ouvert grâce aux grandes contributions financières attribuées par le gouvernement provincial, les municipalités et les bibliothèques.

Industrie Canada a indiqué que le programme CAP IJ (Initiative Jeunesse) continuerait de recevoir des fonds. Industrie Canada explique qu’elle continue de soutenir 1500 stages de la catégorie stratégie emploi jeunesse dans les sites d’accès à Internet, dans un effort visant à aider la jeunesse à faire la transition vers le marché du travail.

La fracture numérique persiste :

Dans son explication sur les suppressions de financement en 2012, la directrice des communications à Industrie Canada, Margaux Stastny, aurait dit qu’ « une grande majorité des Canadiens sont maintenant connectés à Internet depuis chez eux, tandis que beaucoup d’autres ont un accès grâce à leurs appareils mobiles.

Cependant, selon un rapport publié en juin 2011 par l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE), 20% des ménages Canadiens n’ont pas d’accès à Internet.

En outre, l’enquête canadienne sur l’utilisation d’Internet de 2010 menée par Statistique Canada fournit des informations plus détaillées sur la fracture numérique.  Elle a constaté que 97% des Canadiens dont le revenu se situe dans le quartile supérieur (87000 dollars ou plus) avaient accès à Internet depuis chez eux, alors que seulement 54% des Canadiens dont le revenu se situe dans le dernier quartile (30000 dollars ou moins) avait accès à Internet dans leurs foyers.

Pour 24% de ceux se situant dans le quartile à revenu le plus bas, le coût de l’équipement ou du service était la raison principale pour ne pas avoir de connexion Internet chez eux.

Par ailleurs, Industrie Canada elle-même, dans son évaluation finale du programme d’accès communautaire de 2010 a noté qu’alors que l’accès à Internet et son utilisation avait augmenté avec le PAC, «  la fracture numérique persiste au Canada parmi un certain nombre de groupes démographiques parmi lesquels des Canadiens vivant dans des communautés rurales ou éloignées, ceux dont les revenus sont bas, ceux avec des niveaux d’alphabétisation et d’éducation en dessous de la moyenne, les francophones de plus 50 ans , les personnes âgées et d’autres encore ».

Pour les personnes qui ne peuvent pas s’offrir une connexion à Internet ou un ordinateur, qui n’ont pas les connaissances pour utiliser une telle technologie, ou qui vivent dans des zones rurales, les sites du PAC étaient leur seul point d’accès au monde digital.

 « Objectifs atteints » ?

Avec la hausse de la numérisation des services publics et la multiplication des services et des formulaires fournis en ligne, le PAC fournissait l’accès et l’assistance nécessaires à certains Canadiens pour leur permettre d’utiliser de tels services.

Payer ses impôts, par exemple, se fait maintenant en ligne et les ministères du gouvernement invitent souvent les citoyens à aller sur leurs sites web pour obtenir plus d’information. Eric Stackhouse a déclaré à CBC que le PAC a aidé à par moments les bénévoles de Revenu Canada à remplir les formulaires d’impôts pour les membres des communautés à bas revenus, comme c’est le cas par exemple à la bibliothèque du New Glasgow. Il a ajouté «  donc nous aidons Revenu Canada à faire son travail. Dire que le programme a atteint son objectif, pour moi c’est ahurissant. »

Karen Adams, président de l’Association des Bibliothèques Canadiennes, a critiqué les suppressions et a expliqué que la fracture numérique ne fera que subsister, mais « les programmes du PAC fournissent beaucoup plus que des ordinateurs connectés. » Selon Adams, sans les connaissances informatiques et la connexion Internet que le PAC fournit, « les groupes défavorisés ne seraient pas en mesure d’accéder aux informations et aux services nécessaires à leur bien-être, y compris les services bancaires en ligne, les obligations fiscales et les allocations, les connexions avec leurs proches et les prestations de services de santé à distance.

Réactions du public

En avril 2012, l’Association du PAC de la Nouvelle-Écosse a lancé le site web SaveCAP.ca pour centraliser les lettres envoyées aux députés et aux membres de l’Assemblée Législative, et pour recueillir des informations et des communiqués de presse concernant les suppressions de financement du PAC.

Plusieurs associations de bibliothèques provinciales ont critiqué les suppressions dont a fait l’objet le PAC, les communiqués de presse sont disponibles sur le site internet de Save CAP.

 

Dates importantes :

  • 1995 : le programme d’accès communautaire (PAC) est créé.
  • 1997 : PAC IJ (Initiative Jeunesse), soutenue par Stratégie Emploi Jeunesse (SEJ) est créée.
  • 15 mai 2010 : Industrie Canada publie son programme d’évaluation finale du PAC.
  • 25 mai 2011 : Statistique Canada publie son rapport d’enquête sur l’utilisation d’Internet en 2010, constatant que 97% des Canadiens dont le revenu se situe dans le quartile supérieur ont accès à Internet chez eux, cela est vrai seulement pour 54% des Canadiens dont le revenu se situe dans le quartile le plus bas.
  • 31 mars 2012: le financement du PAC est supprimé.
  • 5 avril 2012: Industrie Canada envoie une lettre annonçant que le financement du PAC ne sera pas renouvelé, et prend fin le 31 mars 2012.
  • Avril 2012: l’Association PAC de la Nouvelle-Écosse lance le site Internet SaveCAP.ca pour coordonner les lettres envoyées aux députés et recueille des lettres ouvertes critiquant la suppression de financement.

 

Emploi ou fonction

Le Programme d’Accès Communautaire (PAC) a été créé par Industrie Canada en 1995 pour fournir un accès gratuit ou abordable à Internet dans les régions rurales du Canada. Le PAC fonctionne dans plus de 3000 sites à travers le Canada, offrant des stages en matière de connaissances informatiques et d’apprentissage d’Internet dans les bibliothèques publiques et les centres communautaires. Il a permis l'accès à Internet pour les jeunes, les personnes âgées, les membres de communautés à faible revenu et les résidents des régions rurales et éloignées.

Portée et conséquences

  • Démocratie : Un accès à l'information et des citoyens informés sont deux aspects essentiels d'une démocratie saine. Avec la fermeture des points d'accès au PAC, les personnes âgées, les jeunes et les membres des communautés à faible revenu seront marginalisés de la vie virtuelle au Canada et leur capacité à accéder à l'information sera considérablement réduite. La fermeture des sites du PAC signifie aussi la perte de la possibilité de rechercher un emploi, d’acquérir de nouvelles compétences numériques, de rester connecté avec la famille et les amis et de participer à la vie dans leurs communautés locales.
  • Egalité : Les agences et les services gouvernementaux au Canada sont de plus en plus numérisés. Un programme tel que le PAC semble être un complément nécessaire à cette direction que le gouvernement a pris, afin de garantir l'équité et l'égalité dans l'accès aux services en ligne pour tous les Canadiens.
  • Egalité : Comme alternative aux sites du PAC qui seraient fermés dans certaines communautés, Industrie Canada suggère aux utilisateurs que de nombreuses bibliothèques publiques locales puissent offrir un accès Internet. Toutefois, en raison des importantes réductions de financement pour Bibliothèque et Archives Canada annoncées dans le budget de 2012, de nombreuses bibliothèques des petites collectivités et des centres d'archives à travers le pays doivent réduire leurs heures d'ouverture et font face à des difficultés budgétaires importantes, ce qui rend difficile pour eux de fournir l'accès à Internet comme le PAC l’a fait.
  • Egalité : Le fait que le gouvernement ait annoncé la suppression du PAC avec effet immédiat laisse les sites du PAC sans alternative de financement. Alors que certains sites du PAC ont été pris en charge par d'autres partenaires et peuvent être en mesure de rester ouverts, de nombreux autres sites devront fermer car ils dépendaient presque entièrement du financement fédéral pour le programme et sont pour la plupart gérés par des bénévoles.

Date de publication: 16 août 2012

Photo de PAC, Greater Saskatoon Catholic Schools.

Sources