QuAIA

Queers Against Israeli Apartheid

Les faits

QuAIA qualifie les conditions des Palestiniens vivant dans les territoires palestiniens occupés par Israël de situation d’ « apartheid. » QuAIA a été accusée, à ce titre, en 2010 et en 2011 d’antisémitisme et son droit de participer aux festivités de Fierté Toronto a été remis en question par certains individus associés à la Fierté Toronto et par certains membres du conseil municipal de Toronto, notamment le maire de la ville Rob Ford. Après les menaces du maire Ford de retirer le financement destiné à Fierté Toronto si QuAIA participait au défilé de la Fierté organisé en 2011, certains membres de la communauté Fierté Toronto ont soutenu QuAIA. Le directeur des services municipaux de Toronto a rédigé un rapport  dans lequel il conclut que le terme « apartheid israélien » ne viole pas la politique antidiscriminatoire de la ville. Le conseil municipal a voté en faveur de la poursuite du financement de Fierté Toronto à condition que les participants au défilé de Fierté respectent la politique antidiscriminatoire de la ville. En dépit de ces victoires, QuAIA a choisit de ne pas participer au défilé afin de ne pas donner au maire Ford un motif pour cesser le financement de la municipalité en faveur de Fierté Toronto.


Fierté Toronto est instituée en organisation à but non lucratif en 1995. Selon les organisateurs, les festivités génèrent ces dernières années plus de 100 millions de dollars pour l’économie locale, et 18 millions de dollars en recettes fiscales. Le défilé de Fierté Toronto est le plus important en Amérique du nord et attire plus d’un million de spectateurs.

En 2005, le conseil municipal de Toronto a reconnu le festival de Fierté en tant qu’événement culturel phare en inscrivant Fierté Toronto dans l’un de ses principaux programmes de subventions. En 2010, Fierté Toronto a reçu 123,800 dollars pour financer le festival, ce qui représente approximativement un quart de la totalité des fonds dont à besoin le festival. Ce montant représentait moins de 5% du budget de la municipalité en 2010.

Le groupe Queers Against Israeli Apartheid a vu le jour en 2008, sous forme d’une idée lancée à un forum public lors de la semaine contre l’apartheid israélien organisé à Toronto. Un groupe de militants LGBT ont déclaré qu’ils s’opposaient au fait qu’Israël utilise les droits des homosexuels comme outil de propagande afin de justifier des soi-disant politiques d’apartheid. Les militants ont décidé de lancer une coalition et de s’organiser autour de ce thème.

Cette année là, ces mêmes militants ont représenté cette vision tout en manifestant en contingent informel à la Dyke March de Toronto et au défilé de la Fierté.

En 2009, QuAIA est officiellement créée pour travailler en solidarité avec les individus LGBT en Palestine, et avec les mouvements de solidarité avec les palestiniens à travers le monde. Des membres de QuAIA ont participé en 2009 au défilé de Fierté avec des bannières représentant leur organisation.

La controverse autour de « l’apartheid israélien »

QuAIA estime qu’en 2009 et en 2010, certains groupes opposés à l’usage du terme « apartheid israélien » se sont plaints auprès de Fierté Toronto et auprès de certains de ses bailleurs de fonds, prétendant que la participation de QuAIA au défilé de Fierté était une forme d’antisémitisme. Fierté Toronto a décidé, par la suite, de restreindre l’usage de l’expression « apartheid israélien » lors du défilé de Fierté en 2010.

Cependant, Fierté Toronto était contrainte de revenir sur cette décision en raison de protestations menées par des membres de la communauté LGBT qui soutiennent le droit de QuAIA à participer et à représenter sa position politique. Il a été souligné que bon nombre de groupes ayant participé au défilé de Fierté portaient des messages politiques. Le rapport de la municipalité a, par exemple, fait référence (P.7) à un groupe juif qui a défilé avec les drapeaux israéliens, des politiciens participent, et il y a d’autres groupes qui défilent brandissant leur soutien aux partis politiques canadiens.

Comme mesure alternative, Fierté Toronto a exigé que tous les participants signent un accord pour se conformer à la politique antidiscriminatoire de la ville. Au moment de la signature de cet accord, les membres de QuAIA étaient autorisés à participer au défilé du 10 juillet avec leurs bannières.

Cependant, la controverse ne s’est pas éteinte avec le défilé de 2010. La question de savoir si oui ou non QuAIA devrait participer aux futurs défilés continue de semer la discorde.

Fierté Toronto a décidé finalement de développer un processus global de résolution de conflits pour résoudre les conflits concernant la participation au festival de Fierté. Ce mécanisme de résolution des conflits sera évoqué lorsqu’un groupe est accusé d’avoir présenté une image ou un message lors du défilé qui favorise ou tolère, ou peut favoriser ou tolérer, la violence, la haine, la dégradation ou les stéréotypes négatifs de toute personne ou de tout groupe. La question de la participation de QuAIA n’a pas encore été soumise à ce processus.

« Apartheid israélien » n’est pas discriminatoire

Après le défilé de juillet 2010, le conseil municipal de Toronto a approuvé une motion pour bloquer le financement destiné au défilé de Fierté 2011 jusqu’après l’événement, de manière à ce que la ville puisse s’assurer que le festival s’est conformé à la politique antidiscriminatoire de la ville.

Le conseil municipal a également demandé au directeur des services municipaux de Toronto, Joseph Pennachetti, de déterminer si la participation de QuAIA au défilé avec ses bannières contrevient à la politique antidiscriminatoire de la ville. Ce à quoi a procédé Pennachetti en avril 2011. Son rapport a conclu que l’expression « apartheid israélien » ne constitue pas en soi une violation de la politique antidiscriminatoire de la ville, et ne constitue pas un obstacle à la prestation des services et l’offre d’emplois fournie directement par Fierté ou par la ville en faveur de n’importe quel groupe pour des motifs prévus par cette politique.

Le rapport a également souligné que jusqu’à présent, le terme « apartheid israélien » n’a pas été jugé contraire aux dispositions de lutte contre le discours haineux du code pénal canadien ou du code des droits de la personne de l’Ontario. Le rapport a conclu que la décision de la ville sur l’opportunité de financer le festival de Fierté devrait être prise « en fonction de la nature du défilé lui-même et non de la participation d’un seul groupe »

Rob Ford s’en mêle.

Pendant ce temps, Rob Ford a été élu Maire de Toronto en décembre 2010. En dépit des recommandations du rapport, le maire Ford et ses partisans ont promis de bloquer le financement de Fierté Toronto si QuAIA participait au défilé de 2011.

QuAIA a accusé Ford d’utiliser la controverse comme prétexte pour cesser de financer les festivités de Fierté Toronto, et a répondu avec ce qu’elle a appelé «  un défi contre le maire » : au lieu de défiler en contingent dans le défilé de 2011, QuAIA organiserait d’autres rassemblements pour sensibiliser au sujet de l’apartheid israélien. La décision d’organiser son événement de Fierté en dehors du défilé, a-t-elle dit, permettrait de supprimer tout motif sur la base de quoi le maire Ford pourrait bloquer le financement destiné à Fierté.

Lors de la Dyke March, qui a eu lieu une journée avant le défilé officiel de Fierté, le conseiller municipal de Toronto Mammoliti a pris des séquences vidéos d’un certains nombres de manifestants qui exprimaient des opinions pro-palestiniennes. Mammoliti est l’un des fervents partisans du maire Ford et membre du puissant comité exécutif du conseil municipal de Toronto.

S’appuyant sur cette vidéo, Mammoliti a déclaré qu’il avancerait une motion ayant pour but de bloquer le financement promis à Fierté Toronto. Il a prévenu également qu’il enquêterait pour savoir s’il convient aux responsables de Fierté rembourser à la ville la somme de 200,000 dollars de services rendus en nature, tel que les dispositifs policiers mis en place et le nettoyage des rues. Le financement de la ville représentait près d’un quart du budget du festival, et la proposition de Mammoliti de retirer le financement menaçait de mettre Fierté Toronto en faillite.

Certaines personnes qui n’étaient pas affiliés à QuAIA ont décidé de participer aux festivités de Fierté 2011 tout en exprimant une opposition à la façon avec laquelle Israël traite les Palestiniens. Cet incident n’a finalement pas eu de conséquences néfastes sur QuAIA et Fierté Toronto en ce sens que le conseil municipal a accordé son financement en 2011 à Fierté Toronto, juste après le festival.

En juillet 2011, le conseiller Mammoliti a, comme promis, présenté sa motion destinée à retirer le financement de Fierté Toronto. La motion a été rejetée par le conseil municipal. Après le vote, Mammoliti a dit qu’il poursuivrait ses efforts visant à introduire de nouvelles politiques qui empêcheraient la ville de Toronto de financer tout événement culturel ayant des messages politiques ou partisans qui lui sont associés.

Dates Importantes

  • 2008 : des militants de la communauté LGBT de Toronto désapprouvent l’usage fait par Israël des droits des gais comme « un outil de propagande » afin justifier ses politiques d’apartheid.
  • Juillet 2010 : QuAIA participe au défilé de Fierté ; la controverse continue.
  • 2 avril 2011 : un rapport du directeur des services municipaux de Toronto conclut que la participation de QuAIA à Fierté 2011 ne va pas à l’encontre de la politique antidiscriminatoire de la ville.
  • Avril 2011 : malgré le rapport du directeur des services municipaux, le maire Ford menace de retirer le financement dédié à Fierté Toronto si QuAIA participe au défilé de Fierté.
  • 15 avril 2011 : QuAIA publie un communiqué de presse déclarant qu’elle a décidé de ne pas participer au défilé de Fierté afin de ne pas offrir un prétexte au maire pour qu’il retire son financement dédié à Fierté Toronto.
  • 12 juillet 2011 : le conseiller Mammoliti présente en vain sa motion ayant pour but de retirer le financement dédié à Fierté Toronto, et promet de continuer la lutte contre le financement des activités culturelles portant des messages politiques.

Emploi ou fonction

Queers Against Israeli Apartheid (QuAIA) est une organisation dont le siège est à Toronto sans groupes affiliés ailleurs. QuAIA œuvre pour la lutte contre l’homophobie, la transphobie et  l’oppression sexuelle là où elle se manifeste. Elle lance également un appel au gouvernement israélien, lui demandant : de mettre fin à l’occupation et à la colonisation des territoires arabes et de démanteler le Mur ; de reconnaître les droits fondamentaux des citoyens Arabo-palestiniens d’Israël à une égalité parfaite et au respect, à la protection et à la promotion des droits des refugiés Palestiniens  de retourner dans leurs foyers et retrouver leurs biens, comme la stipule la résolution 194 des Nations Unies

Portée et conséquences

  • Liberté d’expression : le terme «  apartheid israélien » ne constitue pas une violation de la politique antidiscriminatoire de la ville de Toronto. Aucune cour canadienne n’a jugé que l’usage du terme constitue une violation des lois canadiennes sur les droits de la personne. En conséquence, la ville ne peut utiliser la politique antidiscriminatoire comme fondement pour interdire la participation de QuAIA au festival de Fierté Toronto. Cette situation confirme la revendication de QuAIA que sa critique envers Israël est une forme d’expression politique et non raciste. Ce résultat peut aider à protéger le droit à la liberté d’expression de groupes similaires qui pourraient être soumis aux mêmes pressions pour exprimer leurs opinions politiques.
  • Liberté d’expression : certains conseillers de Toronto ont comme volonté politique d’interdire le financement public d’événements culturels porteurs de messages politiques. Le rapport du directeur des services municipaux de la ville de Toronto indique qu’il est inacceptable de censurer un message politique lors d’un événement culturel tant que ce message ne viole pas les lois sur les droits de la personne et les politiques associées.
  • Démocratie : un tollé au sein de la communauté LGBT a pu persuader Fierté Toronto d’autoriser QuAIA à participer au défilé de Fierté en 2011. Cela montre que les expressions publiques de soutien de gens ordinaires en faveur du droit d’un groupe de s’exprimer librement sont considérables et peuvent contribuer à protéger le droit à la liberté d’expression de l’opposition du gouvernement.
  • État de droit & démocratie : en dépit du fait que certains manifestants lors du défilé de 2011 ont brandi des pancartes soutenant la Palestine, le conseil municipal de Toronto a voté en faveur du déblocage du financement promis à Fierté Toronto, donnant ainsi son adhésion aux principes qui ont été mis en avant par le rapport du directeur des services municipaux. Cela prouve que, dans une société démocratique, des divergences d’opinions peuvent et doivent être respectées, notamment par un gouvernement.