Région des lacs expérimentaux

Experimental Lakes Area

Les faits

Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il supprimera le financement dédié à la Région des Lacs Expérimentaux  pour pouvoir économiser 3 millions de dollars dans le cadre des grandes contraintes budgétaires imposées au Ministère des Pêches et des Océans. Des scientifiques canadiens et internationaux ont dénoncé cette démarche.

En outre, la recherche postsecondaire et cinq laboratoires manqueront de fonds, ainsi que 55 emplois, y compris ceux de chercheurs de pointe. Des scientifiques ont affirmé qu’à cause de ces réductions, il n’y aura aucune perspective pour une université ou un acteur tiers pour prendre en charge toutes les opérations de la RLE.


Une des installations de recherche au Canada les plus importantes, « un laboratoire vivant » de classe mondiale sur les effets des polluants sur l’environnement, est sur le point d’être supprimé.

Suite à une annonce faite le 17 mai, la Région des Lacs Expérimentaux (RLE) est sur ​​le point de rejoindre la liste grandissante des projets de recherche scientifique, des initiatives de recherche sur l’environnement et des installations qui perdront le financement fédéral.

La recherche scientifique s’est poursuivie dans la RLE depuis 1967 sur les effets de l'aquaculture, les industries pétrochimiques, l’agro-industrie et les producteurs d'autres produits chimiques sur les écosystèmes lacustres. Sa recherche de pointe sur les effets des pluies acides, les polluants toxiques, le mercure, le phosphate et les changements climatiques sur l'eau potable a permis de guider les politiques sur la protection des habitats aquatiques et en eau douce.

Malgré un palmarès impressionnant, la RLE est la première victime d'un changement d'orientation vers des zones de recherche commerciales et récréatives. Le gouvernement fait valoir que le travail de la RLE ne rentre pas dans les nouvelles priorités de la protection des réserves de poissons et d'habitats importants.

Mais dans une lettre à la ministre des Pêches Keith Ashfield, le président de la Société canadienne de limnologie, Jules Blais, a qualifié la suppression du financement pour la RLE de « non-sens palpable ».

Les scientifiques s’expriment.

Les 17 scientifiques qui travaillent à la RLE sont soumis à une interdiction à l'échelle gouvernementale de parler directement aux médias.

Mais Peter Ross, un chercheur canadien de premier plan travaillant sur l'impact des produits chimiques sur les mammifères marins, a fait fi de l'interdiction du gouvernement et a dénoncé le mouvement,en déclarant au quotidien montréalais La Presse que le Canada perd sa position de principal soutien de la recherche sur l'eau douce et les océans dans le monde. Ross prédit qu'il sera licencié d’ici le 1 Novembre 2012.

Le 21 mai 2012, Cynthia Gilmour, chercheur principal au Centre de recherche environnementale de Smithsonian, a écrit au Ministre des Pêches et des Océans Ashfield et au Ministre de l'Environnement Peter Kent, leur demandant que la fermeture de la RLE soit reconsidérée.

Le 30 mai, un groupe de scientifiques israéliens de l’institut israélien de la recherche océanographique et limnologique a écrit à l'ambassadeur du Canada en Israël pour condamner la fermeture de la RLE. "En fermant l'établissement RLE, le gouvernement du Canada met fin à la capacité de la communauté scientifique mondiale de mener la recherche nécessaire à l'élaboration des politiques environnementales saines", écrit le Dr Assaf Sukenik, qui a été cité dans le Winnipeg Free Press.

Le 22 Juin, d’anciens directeurs régionaux du ministère des Pêches et des Océans ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre Harper et au ministre Ashfield, dans laquelle ils affirment que la fermeture de la RLE, ainsi que plusieurs autres changements de politique du gouvernement, effritera la recherche cruciale sur la protection de l'environnement.

Jusqu'à présent, plus de 20 lettres ouvertes ont été adressées par des scientifiques de renom du Canada et du monde dans lesquelles ils expriment leur vive préoccupation concernant la fermeture de la RLE et exigent un réexamen de la décision.

Une coalition pour sauver la RLE a été créée, expliquant sur ​​son site Internet l'importance de la RLE et met une pétition à disposition des citoyens à signer.

David Schindler, un éminent chercheur de l'Université de l'Alberta qui a dirigé la RLE depuis plus de 20 ans, a déploré le fait que "nous perdons une occasion d'améliorer les connaissances scientifiques sur l'eau du public», avant d’ajouter " pour que la démocratie soit efficace, elle a besoin d’un électorat bien informé. "

Pas de successeur en vue

La RLE est exploitée par Institut des eaux douces à Winnipeg qui dépend de Pêches et Océans Canada. La recherche est menée conjointement par des chercheurs du ministère des Pêches et des Océans et de multiples d’organisations partenaires.

Le gouvernement prétend que "les parties potentiellement intéressées" ont été contactés en tant que nouveaux acteurs afin de prendre en charge d’ici 2013. 

Toutefois, Blais, président de la Société canadienne de limnologie, rétorque que les réductions afférentes aux études postsecondaires de recherche ne permettront pas  une quelconque université de prendre en charge le centre de recherche.

Le gouvernement Harper a alloué 1,4 million de dollars à des domaines prioritaires du ministère des Pêches et des Océans pour maîtriser la pollution, ce qui ne représente qu’une petite fraction de la somme de 12 millions de dollars qui aurait, précédemment, été dédiée à ce domaine. Les coupes font partie des compressions budgétaires annoncées pour 2012 à la suite du projet de loi omnibus C-38, qui apporte également des modifications à la Loi sur les pêches, à la loi sur la protection des eaux navigables, la loi sur les espèces menacées, la Loi sur le cabotage et la Loi sur la protection de l'environnement canadien. Environ 79 $ millions de dollars seront déduit du budget consacré au ministère des Pêches et des Océans au cours des 3 prochaines années.

La fermeture de la RLE générera entre 2 millions et 3 millions de dollars d'économies par an.

Dates importantes: 

  • 1967: L'enregistrement des données commence à la RLE. 
  • 1968: La RLE devient un centre de recherche.
  • 1970-1980: La RLE a mené des expériences pour comprendre quels nutriments conduisent à la détérioration de l'eau et la qualité de la pêche. En conséquence de ces résultats révolutionnaires, le Canada est devenu le premier pays à interdire l'utilisation du phosphate dans les détergents de blanchisserie en 2008, puis de lave-vaisselle au savon en 2011.
  • 1970-1980: A partir de 1976 et de 1982, la RLE a testé les effets des pluies acides et a trouvé qu'elles réduisent considérablement la biodiversité dans les lacs. Mais ce qui était encore plus frappant et va à l'encontre de l'opinion scientifique générale à l'époque, est que les dégâts causés par les pluies acides étaient réversible ; ils étaient en mesure de faire cette découverte, car après chaque expérience, les lacs doivent retrouver leur état ​​naturel, qui nous informe sur la régénération naturelle de l'environnement.
  • 1990: La RLE a simulé la création de réservoirs qui sont typiques des projets hydroélectriques. Elle a constaté que le processus a augmenté le niveau de gaz à effet de serre et du mercure méthylé dans les poissons, ce qui est dangereux pour la consommation humaine. L'expérience a ensuite informé les politiques sur la conception de projets de barrages.
  • 2000: Le projet METAALICUS (Mercury Experiment To Assess Atmospheric Loading In Canada and the United States) et le projet PE (leurre hormonal)  ont abouti à des résultats révolutionnaires sur l'impact du mercure sur les poissons et les hormones. 
  • 17 mai 2012: Le gouvernement Harper annonce que le financement de la RLE sera supprimé.
  • Mai 2012: La Coalition pour sauver la RLE est formée et plus de 20 lettres ouvertes de scientifiques Canadiens et du monde sont adressées au gouvernement du Canada dans lesquelles ils ont exprimé leur préoccupation concernant la fermeture de la RLE.

Emploi ou fonction

Le programme de la Région des Lacs Expérimentaux (ELA) est un « laboratoire » environnemental unique de 58 lacs dans une zone éloignée du nord ouest de l’Ontario. Il a permis de recueillir des informations hydrologiques, météorologiques, chimiques et biologiques depuis plus de 30 ans. Ces données aident à évaluer l’impact éventuel des changements climatiques sur l’écologie des lacs du Bouclier canadien et permettent de tester les effets des polluants sur les poissons, la vie aquatique et les écosystèmes d’eau douce sur l’ensemble du lac.

Portée et conséquences

  • Démocratie : Sans de bonnes données et une bonne recherche sur les principaux domaines de l'environnement, tel que les lacs d'eau douce du Canada, les Canadiens seront moins en mesure d’obliger le gouvernement de rendre compte sur la réglementation des activités commerciales, récréatives et industrielles qui ont un impact sur ​​l'environnement.
  • Liberté d'expression: Bien que les scientifiques du gouvernement du Canada sont des employés et soumis à des obligations de loyauté et de confidentialité, ils sont aussi des chercheurs qui devraient être autorisés à s'exprimer sans crainte de représailles lorsque des décisions du gouvernement mettent en danger les habitats et les écosystèmes fragiles, ou mettent un terme au programmes de recherche  de renommée mondiale qui sont uniques et ont obtenus sur le long terme des résultats de recherche concrets.
  • Connaissance: La décision de supprimer le financement de la RLE et de la fermer semble s’inscrire dans un schéma plus large de mépris pour la recherche scientifique et l'étude des effets environnementaux des polluants. Ceci nuit considérablement à la capacité de formulation d’une politique fondée sur des preuves scientifiques. Le gouvernement nie cette accusation.
  • Transparence: La suppression du financement de la RLE n'est qu'une mesure parmi beaucoup d’autres contenues dans le budget fédéral de 2012. Beaucoup se sont plaints du secret et du manque d’information entourant les coupures et leur impact. Kevin Page, un fonctionnaire non partisan, a notamment demandé plus de transparence, à plusieurs reprises. En tant que Directeur parlementaire du budget, Page a fait face à de nombreux obstacles dans ses tentatives d’obtenir de l’information détaillée sur l’impact des coupures et des projets de loi omnibus.

 

Date de publication: 30 juin 2012

Date de révision: 22 octobre 2012

Sources