Réseau québecois d’action pour la santé des femmes

Réseau Québecois d’action pour la santé des femmes (RQASF)

Les faits

Au mois d’avril 2012, conformément aux coupures du Budget 2012, le gouvernement fédéral a annoncé l’élimination du Programme de contribution pour la santé des femmes (PCSF), qui finançait six organisations effectuant de la recherche sur la santé des femmes, dont le RQASF. Le financement alloué au RQASF au travers de ce programme devait ainsi prendre fin le 31 mars 2013. Le RQASF et les autres groupes affectés soutiennent que la capacité pour les femmes de se mobiliser pour leur santé est lésée par ces coupures et que de cette façon, le gouvernement rejette les conseils en politiques publiques que ces groupes offraient.


Pendant les seize dernières années, le Programme de contribution pour la santé des femmes (PCSF) a financé l’avancement de l’égalité des genres au travers de recherche en politiques publiques et de programmes communautaires.

Le Réseau d’action pour la santé des femmes (RQASF) a été une des organisations financées par le PCSF, produisant de la recherche sur les possibles conséquences que les politiques du gouvernement pouvaient avoir sur la santé des femmes, plus particulièrement sur les femmes marginalisées dans les communautés immigrantes, les femmes autochtones et celles vivant en situation de handicap. L’organisation a été particulièrement franche quant aux politiques gouvernementales ne tenant pas compte de la dimension de l’égalité des genres.

Afin d’informer les consommatrices, le RQASF a fait la promotion de campagnes pour les cosmétiques écologiques dirigées par les groupes tel que Environmental Defence et la Fondation David Suzuki, deux groupes environnementaux qui se sont retrouvés sous le feu des critiques du gouvernement fédéral.

Parmi les publications du Réseau, figure une présentation de 2009 sur la liberté d’expression qui offre des conseils sur la divulgation de résultats de recherche permettant d’éviter de possibles poursuites judiciaires qui pourraient réduire au silence des groupes mobilisés.

En avril 2012, le Budget 2012 du gouvernement fédéral a introduit des coupures touchant Santé Canada, qui élimina le PCSF afin d’économiser approximativement 2,9 millions de dollars.

Ces soudaines coupes budgétaires représentent une perte de 370 000 dollars, soit environ 70 % du budget du RQASF. Le Réseau a d’ailleurs dû annoncer que la moitié de son personnel totalisant 8 membres devrait être mis à pied.

Néanmoins, pour Lydya Assayag, directrice de RQASF, « cette perte de financement ne concerne pas seulement des femmes qui perdent leurs emplois. […] Cela concerne les femmes qui perdent le pouvoir de se mobiliser pour leur propre santé. »

En répondant aux questions sur les coupures, le bureau de la ministre de la Santé Leona Aglukkaq a expliqué au Winnipeg Free Press que Santé Canada était contraint par des compressions budgétaires plus larges imposées au département, et que la priorité était maintenant mise sur la prestation de services de première ligne plutôt que sur des activités de recherche.

Il a aussi été mentionné que les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) avaient 33 millions de dollars de disponible en financement et que les groupes touchés étaient invités à y déposer des projets.

Toutefois, les fonds des IRSC ne visent que la recherche clinique et non celle cherchant à conseiller le gouvernement sur les politiques, explique Anne Rochon Ford, la directrice exécutive du Réseau canadien pour la santé des femmes, un des six groupes affectés. Elle a déclaré au Toronto Star qu’ « on nous a fait comprendre clairement que nos conseils sur les politiques publiques n’étaient pas les bienvenus. »

Au mois d’avril 2012, le RQASF a lancé un appel au public, demandant à leurs sympathisants de contacter leur député afin de presser le gouvernement de maintenir le programme. Quelques mois plus tard, le site web montrait quelques projets qui pouvaient être financés par des donations du public; parmi ceux-ci se retrouvait la distribution d’information sur la ménopause et la sensibilisation du public à la discrimination envers les lesbiennes.

En octobre 2012, le RQASF et les autres groupes affectés par les coupures ont tenu une conférence nationale à Montréal afin de discuter des impacts de ces coupes budgétaires sur la santé des femmes et l’importance de la recherche pour conseiller le gouvernement en matière de politiques publiques.

L’Atlantic Centre of Excellence for Women’s Health, le British Columbia Centre of Excellence for Women's Health, le Réseau canadien pour la santé des femmes, le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu, ainsi que le Centre d’excellence pour la santé des femmes, section des prairies, sont les cinq autres groupes touchés par les coupures.

Dates importantes :

  • Avril 2012 : le gouvernement annonce que des coupures vont toucher Santé Canada dans le Budget 2012, six groupes sont avertis que le PCSF sera éliminé et que leur financement se terminera le 31 mars 2013.
  • 29 octobre 2012 : les six organisations touchées ont tenu une conférence nationale à Montréal afin de discuter des effets des ces coupures et de la pertinence de la recherche politique pour la santé des femmes.

Emploi ou fonction

Le Réseau québécois pour la santé des femmes (RQASF) fondé en 1977 et indépendant des intérêts commerciaux rejoint environ 300 000 femmes à travers le Québec grâce à son réseau de 150 partenaires. L’organisation adopte une approche féministe dans son traitement de la santé des femmes lorsqu’elle fournit de l’information et sensibilise les femmes aux questions de santé mentale, du cancer du sein, de discrimination envers les lesbiennes, des vaccins et de la médication. Le Réseau a aussi pour mission de faire de la prévention de la santé en abordant le sujet de l’hyper sexualisation des jeunes filles et en promouvant l’image d’un corps en santé. Ce qui distingue le travail du RQASF, c’est qu’il est guidé par la recherche-action et entretient des liens étroits avec les femmes sur le terrain;  par cette approche, le Réseau cherche à amplifier leurs voix et à répondre à leurs besoins.

Portée et conséquences

  • Démocratie : La tendance du gouvernement à retirer l’appui financier aux groupes de femmes entreprenant de la recherche et du travail de plaidoyer sur les politiques publiques pertinentes pour la société, nuit à l’engagement du Canada envers l’égalité des genres. La voix des femmes dans les débats publics s’en trouve également lésée. À titre d’exemple, l’information que le RQASF distribue quant aux substances toxiques présentes dans l’environnement et dans les cosmétiques, et leurs conséquences sur la santé des femmes, a été d’une grande importance dans le débat public et politique. Il faut noter que cette information était exempte d’influences d’intérêts privés, alors que le milieu pharmaceutique a dans beaucoup de cas des liens avec les entités de recherche.
  • Liberté d’expression : Bien que le gouvernement ait indiqué qu’un financement grâce aux Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) était disponible pour les groupes affectés, le mandat ne comprenait plus la recherche et les conseils sur les politiques publiques. La production d’informations indépendantes et critiques, telles que celles fournies par le RQASF, pouvait donc ne plus être appuyée.
  • Égalité : En abolissant le Programme de contribution pour la santé des femmes (PCSF), le travail de groupes qui étaient dépendants de ce financement se trouve étouffé, et en conséquence, les femmes marginalisées, qui sont ciblées par le travail de ces groupes, se retrouvent disproportionnellement défavorisées. 

Photo du RQASF

Date de publication : 17 janvier 2013

Dernière mise à jour : 15 février 2013
 

Vidéo

Lydya Assayag nous parle de santé des femmes, d’accès à l’information, de coupures en recherche et de démocratie au Canada.