Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques

Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques (RCRPP)

Les faits

En 2009, les RCRPP ont fermé leurs portes en raison d’un manque de financement à long terme. Le problème de financement avait commencé en 2006 avec la décision du gouvernement Harper de couper leurs subventions.

Les RCRPP ont publié des recherches dans les domaines de l’innovation sociale, de la santé, de la citoyenneté, de la diversité, ainsi que des recherches sur les valeurs, la productivité et les compétences canadiennes. Les RCRPP étaient surtout connus pour leur travail de promotion de l’engagement public. À ce titre, ils multipliaient les séances de dialogues et les consultations sur l’ensemble du territoire canadien.

Durant ses 15 ans d’existence, les RCRPP ont été responsables de 700 publications importantes traitant d’une vaste variété de sujets. Ces publications étaient disponibles gratuitement sur leur site Web et ont été téléchargées près de 10 000 fois (ces publications sont toujours disponibles sur www.cprn.org). Parmi les plus populaires se trouvaient celles traitant de la politique du logement (comme étant une bonne politique sociale), des gens que le système d’éducation abandonne, de la main-œuvre vieillissante et des innovations des soins de santé de première ligne.

La fondatrice des RCRPP, Judith Maxwell, a contribué à des changements notoires dans l’attitude du public en inventant le terme « déficit social » et en établissant l’importance économique des garderies et des villes. 

Parmi ses autres réussites, les RCRPP ont également mené les différentes consultations populaires de la Commission royale sur l’avenir des soins de santé au Canada, commission dirigée par l’ancien premier ministre de la Saskatchewan Roy Romanow. Avec la fermeture des RCRPP, Roy Romanow s’est déclaré : « Nous perdons une voix indispensable. Dans le paysage de la politique publique, nous avons besoin de groupes de réflexion qui ont une approche différente de celle qui suit la pensée conventionnelle du jour. »

En 2005, le ministère Ressources humaines et Développement des compétences Canada a évalué l’impact des subventions du gouvernement fédéral sur les RCRPP. L’évaluation avait conclu que « les subventions avaient renforcé les RCRPP en préservant sa neutralité et son indépendance » et que « les RCRPP ont atteint leur objectif en contribuant au développent de la politique sociale et économique ».

Les dirigeants des RCRPP ont remarqué que les coupures du financement de l’organisation sont conformes avec le déclin du rôle du gouvernement fédéral dans les recherches collaboratives sur les politiques publiques. Ce rôle en déclin et le manque d’intérêt du gouvernement pour mener des recherches s’appuyant sur des données probantes et sur la diversité des opinions font en sorte que plusieurs groupes de réflexion et organisations de la société civile se sentent aujourd’hui menacés.

Le manque d’intérêt pour mener des recherches s’appuyant sur des données probantes signifie aussi que le gouvernement ne sera plus aussi bien habilité à choisir les meilleurs politiques pour l’ensemble des Canadiens. Le gouvernement aura des analyses qui ne reflètent plus les divers points de vue de la population. Ainsi, selon les dirigeants des RCRPP, la fermeture de l’organisation signifie la perte d’un autre élément des fondements de la démocratie au Canada.

Le manque d’intérêt pour découvrir quelles sont les meilleures politiques pour tous les Canadiens affecte également la démocratie. À ce titre, les campagnes électorales deviennent de moins en moins axées sur les grandes idées concernant un futur commun. Elles s’attardent désormais davantage sur les politiques locales. Des chercheurs des RCRPP ont remarqué que les politiciens utilisent de plus en plus les résultats électoraux afin d’orchestrer leurs campagnes et leurs discours de manière à aborder des segments de la population avec des messages clairement ciblés.

Dates importantes

  • 1994 : Les Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques ont été créés par Judith Maxwell suite à la disparition du Conseil économique du Canada. Les subventions fédérales de 16,7 millions de dollars durant les 12 années suivantes permettront au RCRPP de recueillir 42 millions de fonds supplémentaires sous forme de dons. 

  • 25 septembre 2006 : Le gouvernement conservateur abolit l’accord de subvention pluriannuel, signé cinq mois plus tôt seulement.

  • 23 décembre 2009 : Les coupures du financement gouvernemental et le fait d’avoir été durement touchés par la récession de 2008 ont forcé la fermeture des RCRPP.

Emploi ou fonction

Les RCRPP étaient une organisation non partisane, à but non lucratif, et l’un des plus importants groupes de réflexion canadiens offrant de la recherche socio-économique et renforçant l’engagement du public. 

Portée et conséquences

  • La fermeture des RCRPP et la perte d’études indépendantes sur les politiques publiques ont restreint la portée et l’espace d’un débat public et rationnel sur les politiques publiques au Canada. Cela a contribué à réprimer la capacité de la fonction publique à développer des partenariats fructueux avec des acteurs extérieurs et d’investir dans des recherches utiles.

  • Des preuves supplémentaires sur le manque d’intérêt du gouvernement pour mener des recherches s’appuyant sur des données probantes sont apparues. Ce manque d’intérêt est encouragé par l’ignorance et l’apathie du public concernant les attaques du gouvernement contre le savoir et les recherches.

  • Les décisions politiques dépendent de plus en plus des recherches même si des acteurs privés, incluant des individus et des corporations, sont de moins en moins disposés à financer des recherches sur les politiques publiques à moins que ces dernières reflètent les opinions du premier ministre et l’idéologie du parti politique au pouvoir.