L’épouse de Rémy Beauregard attend toujours que justice soit faite

Suzanne Trépanier à la Journée pour la démocratie (photo par Almudena Romero)

Par Suzanne Trépanier, The Star, 15 avril 2011

Au moment où les Canadiens et Canadiennes se préparent à aller voter le 2 mai prochain, j’aimerais partager avec eux mon expérience personnelle avec le gouvernement Harper.

C’est une histoire que de nombreux Canadiens et Canadiennes connaissent déjà  Mon mari, Rémy Beauregard, a été nommé par décret, en juin 2008, par le Bureau du Conseil Privé au poste de Président du Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, mieux connu sous le nom de Droits et Démocratie, une agence financée par le gouvernement fédéral.  D’être à la tête de cette importante institution canadienne était pour Rémy une opportunité de terminer une longue et brillante carrière au sein de la fonction publique et des droits humains.  Au lieu de cela, après des mois d’attaques à sa réputation par certains membres du Conseil d’administration nommés par le gouvernement Harper, mon mari décédait d’une crise cardiaque massive, dans la nuit du 8 janvier 2010 et qui, selon le coroner, avait été provoquée par l’immense stress auquel il faisait face depuis des mois et, surtout, au cours des deux derniers jours.

La pression exercée sur Rémy au cours des huit derniers mois de sa vie s’élève à un niveau de harcèlement psychologique.  Le principal instrument utilisé fut son évaluation au rendement, un document mensonger et secret qui avait été expédié en mai 2009 au bureau du Premier ministre sans être partagé avec Rémy ou avec la majorité des membres du Conseil d’administration qui avaient pourtant fait une évaluation plus que satisfaisante de son rendement lors de leur réunion du mois de mars 2009.  Ce document avait été rédigé par Jacques Gauthier et Elliot Tepper et approuvé par le Président nouvellement élu, Aurel Braun.

Rémy a rencontré le Comité d’évaluation deux jours avant sa mort avec l’espoir d’en arriver à un compromis.  Toutefois, à ce moment-là, il avait déjà perdu confiance dans la bonne volonté de Braun, Gauthier et Tepper.  Secrètement, il a enregistré la conversation et je n’ai jamais entendu mon mari aussi bouleversé et en colère.  Non seulement ces trois personnes refusaient de faire des compromis mais refusaient également de lui remettre une copie du document de son évaluation pour ses dossiers.  L’enregistrement démontre clairement leur mépris pour Rémy.

Depuis le décès de mon mari, je tente de faire en sorte que sa réputation soit rétablie.  Les centaines de milliers de dollars dépensés par Gauthier pour des enquêtes, rapports et avocats alors qu’il était président par intérim pour une période de deux mois après la mort de Rémy n’ont révélé aucune faute que ce soit de la part de mon mari ou de son équipe de gestion, au contraire.  Le Comité parlementaire sur les affaires étrangères et le développement international de la Chambre des communes  a recommandé, entre autres, que des excuses publiques soient présentées à la famille de Rémy et a demandé la « reconstitution » du Conseil d’administration avec un nouveau président.

Plus d’une année s’est écoulée, et ni le gouvernement, ni le Conseil d’administration de Droits et Démocratie n’a émis des excuses.  Les documents relatifs à l’évaluation secrète de Rémy n’ont toujours pas été retirés de son dossier.  Et plutôt que de remplacer les membres du Conseil d’administration de Droits et Démocratie, le gouvernement a renouvelé, en février dernier, les mandats de Gauthier et Tepper pour une autre période de trois ans.

J’ai énormément de difficulté à comprendre la logique du gouvernement.  Le 13 juillet 2010, on m’a informée que le Bureau du Conseil Privé, sur recommandation du Premier ministre Harper, avait à titre posthume accordé, le 26 mai 2010, une augmentation salariale ainsi que deux primes au rendement à Rémy, ce que lui refusaient les trois membres du Conseil d’administration par le biais de son évaluation au rendement.  J’ai alors pensé que le Bureau du Conseil Privé reconnaissait finalement que Rémy n’avait aucun tort et que son rendement était plus que satisfaisant.   Et pourtant, il n’y a eu aucune excuse et les fausses accusations contre lui restent toujours dans son dossier d’évaluation.  J’en suis maintenant à me demander si on a tout simplement essayé de m’acheter en me faisant parvenir cet argent qui aurait dû être donné à Rémy bien avant son décès.

Le 9 février dernier, le nouveau président de Droits et Démocratie, Gérard Latulippe, déclarait devant les membres du Comité parlementaire sur les affaires étrangères et le développement international qu’il était temps de mettre le passé derrière nous, de tourner la page et de regarder vers l’avenir.  La plupart des membres du Comité étaient sceptiques.   Tous les exemples de la programmation fournis par Latulippe étaient des initiatives sous le leadership de Rémy.  Il semble bien que Droits et Démocratie continue à bâtir sur l’héritage de mon mari mais refuse de reconnaître et réparer les injustices auxquelles il a dû faire face.  Sa réputation demeure ternie.

Malheureusement, il semble que Latulippe n’a pas compris l’un des principes les plus élémentaires en droits humains :  on doit demander et, j’ajouterais obtenir justice pour les torts faits à une personne avant de pouvoir aller de l’avant.  En se dégageant de toute responsabilité, il contribue à son tour à l’injustice subie par Rémy.

Rémy Beauregard croyait sincèrement que l’être humain était ce qu’il y a de plus important et que la justice était plus importante que l’opportunisme politique.  En traitant sa mémoire avec un tel outrage des droits humains et de la démocratie, le gouvernement Harper et le Conseil d’administration font de mon mari une victime sans conséquence et un accessoire de jeux politiques.

Si la démocratie est une question importante dans cette campagne électorale, j’espère que le Premier ministre Harper va faire la bonne chose, en présentant des excuses et en faisant en sorte que le rapport d’évaluation mensonger soit retiré du dossier de Rémy et en s’assurerant que les membres du Conseil d’administration responsables d’avoir détruit la vie de Rémy, ainsi que la mienne, soient démises de leurs fonctions.

Photo: Almudena Romero

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