Lettre de Voices-Voix aux Dirigeants des partis avant les élections de 2011

Logo de la coalition Voices-Voix

À:

Elizabeth May, chef du Parti vert du Canada

Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois

Jack Layton, chef du Nouveau parti démocratique du Canada

Michael Ignatieff, chef du Parti libéral du Canada

Stephen Harper, chef du Parti conservateur du Canada

 

Le 22 mars 2011

Chers Dirigeants de Partis,

Alors que la possibilité d'une élection fédérale éminente se confirme, nous vous écrivons pour solliciter des engagements clairs de chacun de vous et de vos partis afin que vous preniez des mesures pour rétablir et renforcer l'état de démocratie et des droits humains au Canada.

Nous sommes profondément préoccupés par une série de décisions et d’actions du gouvernement ces dernières années, lesquelles ont sensiblement érodé les principes, les institutions démocratiques et de droits humains dans notre pays. Ces soucis sont partagés par de grandes et petites organisations, ainsi que par les Canadiennes et les Canadiens, d’un océan à l’autre.

Plus important encore, l'espace pour les voix dissidentes ou pour le plaidoyer exprimant des opinions ou encore pour engager dans le débat sur d’importantes questions relatives aux droits humains a diminué d’une manière spectaculaire telle que nous ne l’avions jamais vu auparavant au Canada. Les organisations et les individus qui ont pris des position qui vont à l’encontre du gouvernement, ou qui mettent en évidence des préoccupations concernant des politiques du gouvernement, ont été punis, calomniés, licenciés et réduits au silence.

Quelques exemples ont attiré une large attention politique et médiatique: le scandale des « in and out » sur le complot du financement du Parti conservateur; les prorogations controversées par le Premier ministre du Parlement en 2008 et 2009; l'abolition du formulaire long obligatoire de recensement; les préoccupations à propos de la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, qui a trompé le Parlement sur le refus de financer l’organisation œcuménique pour les droits humains, KAIROS; et – plus récemment – la conclusion sans précédent du comité, qui sera bientôt soumis à la Chambre des communes pour un vote final, que le gouvernement est coupable d’outrage au Parlement.

D'autres exemples sont méconnus de la plupart des Canadiens, tels que la longue liste d'organisations impliquées dans la promotion de l'égalité des femmes, qui ont perdu l’essentiel du financement public pour leurs efforts de recherche et de plaidoyer afin de renforcer la protection des droits des femmes au Canada et à l'étranger. Des groupes offrant des services à des jeunes immigrants font face à des coupures.

Plus de 200 organisations se sont réunies dans une coalition nationale, Voices-Voix, pour faire face à ces développements sans précédent. Ces groupes reflètent une diversité remarquable de secteurs et de questions sociales, incluant les droits humains, l'égalité des femmes, le développement international, le mouvement ouvrier, le mouvement pour la paix, la protection de l'environnement et un certain nombre de communautés ethno-culturelles. Beaucoup de ces groupes ne se sont jamais réunis auparavant pour une cause commune, mais le font maintenant, car nos préoccupations communes sont devenues si critiques. Déjà, plus de 4000 Canadiens ont signé la pétition de Voices-Voix pour le respect de la démocratie, la liberté d'expression et la transparence.

La coalition s’est elle-même appelée "Voices-Voix" parce que c'est notre ferme conviction que c'est précisément ce qui est en jeu. Nos voix doivent être entendues: une diversité large de voix canadiennes. Elles doivent être capables de surveiller et de s'exprimer, de participer et de contribuer, de rechercher et de plaider en ce qui concerne les questions importantes sur la démocratie et les droits humains au Canada. Nous cherchons l’engagement ferme de votre parti à ces voix.

Veuillez agréer nos salutations les plus distinguées.

Au nom de la coalition Voices-Voix,

Alex Neve, Secrétaire général, Amnistie internationale Canada (section anglophone)
Béatrice Vaugrante, Directrice générale, Amnistie internationale Canada francophone
Christine Jones, Directrice générale, Peace Brigades International – Canada (PBI)
Damon Johnston, Président, Aboriginal Council of Winnipeg (ACW)
Dave Coles, Président national, Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP)
David Eby, Directeur général, British Columbia Civil Liberties Association (BCCLA)
Gary F. McCauley, Coordonnateur, Canadians for Democratic Renewal (CDR)
Gerry Barr, Président-Chef de la direction, Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI)
Ihsaan Gardee, Directeur général, Canadian Council on American-Islamic Relations (CAIR-CAN)
John Gordon, Président national, Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC)
Kate McInturff, Directrice générale, L’Alliance féministe pour l’action internationale (AFAI)
Leilani Farha, Directrice générale, Centre pour les droits de l'égalité au logement (CERA)
Marco J. Costa, Président, Marcopolo Resources Inc.
Maude Barlow, Présidente nationale, Conseil des Canadiens
Merrill Stewart, Greffier, Canadian Friends Service Committee (Quakers)
Michel Lambert, Directeur général, Alternatives
Omega Bula, Ministre générale, L’Église unie du Canada, Partners in Mission Unit
Paul Moist, Président national, Syndicat canadien de la fonction publique (SCPF)
Pearl Eliadis, Directrice, RightsLaw
Penni Stewart, Présidente, Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU)
Rob Rainer, Directeur général, CWP Advocacy Network
Robert Fox, Directeur général, Oxfam Canada
Roch Tassé, Coordonnateur national, International Civil Liberties Monitoring Group (ICLMG)
Shannon Mannion, Liaison, Raging Grannies (section Ottawa)

 


 

Élections 2011

Engagements pour reconstituer et renforcer la démocratie et les droits humains au Canada

 

Les Voix doivent être entendues.

C'est l'essence de notre démocratie. Afin d'être entendues, des voix doivent pouvoir être au courant, être capable de parler et être respectées. La coalition Voices-Voix cherche des engagements clairs suivants de chacun des partis politiques fédéraux pour reconstituer et renforcer l'état de démocratie et de droits humains au Canada.

 

Les Voix doivent être informées.

Les individus, les organismes et les médias ont besoin de l'accès à l'information afin de pouvoir comprendre et contribuer aux débats importants de politiques publiques. Pour employer leurs Voix, elles ont besoin d'informations. Mais une variété de décisions du gouvernement sur le financement et d'autres sujets ont nettement contraint la disponibilité fiable de cette information.

Est-ce que vous vous engagez à :

  • Lancer un processus de reformer la loi au Canada sur l'accès à l’information dans la perspective d'améliorer la transparence au sein du gouvernement de manière significative ?
  • Reconstituer le recensement long obligatoire ?
  • Reconstituer le financement pour la recherche et le plaidoyer liées aux droits de l'égalité des femmes ?

  

Les Voix doivent être capable de parler. 

Des voix ont été réduites au silence, de nombreuses façons différentes, au cours des dernières années. Certaines ont été réduites au silence lorsqu'elles ont été arrêtées pendant les Sommets G8/G20 en juin 2010. D'autres ont été réduites au silence quand elles ont perdu le financement public pour travailler sur des questions telles que l'égalité des femmes, la protection des réfugiés, les droits des Palestiniens et des politiques internationales de développement au Canada. Les Voix doivent être capables de parler sans crainte une arrestation ou d'autres sanctions, et elles ont besoin du soutien public pour se faire entendre.

Est-ce que vous vous engagez à :

  • Lancer une enquête publique complète, conjointement avec le gouvernement de l'Ontario, sur tous les aspects de la sécurité lors des Sommets G8/G20 et son impact sur la liberté d'expression ?
  • Mettre en place un système qui fera en sorte que les décisions sur le financement des organisations de la société civile au Canada sont faites de façon transparente et sans discrimination, et reflètent divers points de vue sur les politiques publiques ?



Les Voix doivent être respectées.

Trop souvent, des voix qui ont été en désaccord avec le gouvernement ont été punies. Des chiens de garde faisant leur emploi ont été virés.  Des fonctionnaires réalisant leur travail ont été présentés sous un faux jour ou calomniés.  L'indépendance d'un important organisme parlementaire des droits humains, Droits et Démocratie, a été sévèrement érodée. Des institutions et processus démocratiques, au sein desquels il devrait avoir un débat public et la reddition de comptes ont été compromis, par exemple avec la crise des prorogations du parlement et le scandale du définancement de KAIROS. Les Voix doivent être respectées, même lorsqu'elles expriment un message de désaccord.

Est-ce que vous vous engagez à :

  • Lancer un processus crédible, indépendante et publique qui examinera et fera des recommandations concernant l'état de la démocratie et les droits humains au Canada ?
  • Examiner et renforcer les mesures qui sont en place pour protéger les chiens de garde, les fonctionnaires, d'autres organismes et individus ayant des responsabilités similaires de récriminations quand ils critiquent les politiques du gouvernement ?
  • Mettre en œuvre les recommandations énoncées dans le Rapport du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, Droits et Démocratie : Vers un avenir meilleur ?

 

Le logo provient du site de la Coalition Voices-Voix

Enjeux